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La gloire de l’Académie Française

En 1959, comble du bonheur et de la félicité, Marcel Achard est reçu à l’Académie Française. Ce sera le Professeur Pasteur Vallery Radot qui lui remettra son épée, œuvre du maître joaillier Jean Schlumberger. L’éloge de Marcel Pagnol qui reçoit officiellement son confrère et ami sera d’une grande gentillesse: « C’est la poésie qui est le charme de votre œuvre et le secret de votre réussite. Poésie parfois tendre et délicate, souvent franchement burlesque. C’est pourquoi la critique a si souvent parlé d’Ariel… ».

Tout à sa gloire, Monsieur l’Académicien met en chantier un nouvel ouvrage. L’Idiote, destiné au Théâtre Antoine avec, en tête d’affiche, Annie Girardot et Jean-Pierre Cassel . Il aborde là un genre nouveau : la pièce policière. Il réussit à entretenir le suspens jusqu’au baisser du rideau. Le résultat est une victoire. Ce n’est pas le triomphe de Patate, mais cela lui ressemble.

En 1962, on répète, au Théâtre Antoine, Turlututu signé Marcel Achard. Le rôle principal est tenu par Robert Lamoureux , comédien fantaisiste, auteur de monologues spirituels, qui fait courir Tout Paris mais ne montre aucun respect face au texte d’autrui. Il invente chaque soir des répliques de son cru, qui mettent la salle en joie. Entre l’écrivain et l’interprète le ton monte. Finalement, Achard se décourage. Il se montre en quelque sorte magnanime: ne se reconnaissant plus l’auteur de la pièce, il demande à la S.A.C.D. 1 de verser ses droits à l’Orphelinat du Spectacle. Les spectacles suivants, une comédie musicales Eugène le mystérieux au Châtelet et les comédies Machin-Chouette au théâtre Antoine, et Gugusse, au Théâtre de la Michodière, connaissent ce qu’on appelle des succès d’estime. Pour l’ensemble de la critique et des spectateurs, Marcel Achard reste l’auteur de Patate et on ne lui pardonne pas de manquer d’un certain génie.

Depuis quelques années, le goût du public a évolué. Les auteurs dits d’avant-garde ne sont plus cantonnés dans les minuscules théâtres de la Rive gauche. La Cie Renaud-Barrault a mis à son répertoire les œuvres d’Eugène Ionesco, de Samuel Beckett, de Marguerite Duras et de Jean Genet. En 1970, Ionesco est entré à l’Académie Française et depuis, Beckett a reçu le Prix Nobel de Littérature. Référence dangereuse d’une nouvelle génération de dramaturges qui se croit permis d’inventer n’importe quoi. Pour Marcel, ces écrivassiers sont les fossoyeurs du Théâtre.

En mai 1973, l’immortel Achard a l’honneur d’accueillir sous la coupole le critique dramatique Jean-Jacques Gautier. Lors de son discours de réception, alors que ses pairs, vêtus de leur bel uniforme brodé d’or, le bicorne sur les genoux et l épée au côté, attendaient avec curiosité l’éloge d’un auteur dramatique à un critique parfois sévère en espérant un règlement de comptes, ne furent pas déçus.. Sinon que ce règlement de comptes ne s’adressait pas à la personne attendue. Achard profita de l’occasion officielle qui lui était offerte pour exprimer sa rancœur à la jeune génération de gens de théâtre dont la seule ambition était de faire table rase d’un passé prestigieux: « Le théâtre est devenu un laboratoire. Au début ce n’était pas trop grave; on disait: « C’est vieux, par conséquent c’est bon; c’est neuf par conséquent c’est meilleur ». En 1973, la crise s’est aggravée. Le dernier des barbouilleurs en recherches théâtrales, engagé ou pas, est persuadé que lui seul peut donner au théâtre le second souffle qui lui manque tellement. Pas de rideau, pas de rampe. Pas de lumière en scène. Ils rejettent tout ce qui faisait le miracle du théâtre à l’italienne. Jamais on n’a bâti autant de salles de théâtre et à si grands frais depuis que ces messieurs cherchent leur second souffle. Assez de Molière, de Musset, de Racine, de Beaumarchais. Plus de maîtres ! Plus de pères, rien que des fils ! Rien que des fils ! Et des fils qui ont besoin d’aide. Jamais il n’y a eu autant d’aides: Prix la première pièce, prix de la mise en scène, prix du meilleur acteur, prix de la Société des auteurs, concours des Jeunes Compagnies, etc, aide, aide, aide à tous les étages. Ce qu’il faudrait instituer c’est l’aide au dernier spectateur ».
Et la diatribe continue…et Achard de s’en prendre nommément à Roger Planchon, à Armand Gatti, à Marcel Maréchal, à Antoine Bourseiller pour terminer par une attaque violente contre la comédienne-metteur en scène Silvia Monfort. En écoutant leur confrère, les académiciens en restent bouche bée. Sous la verrière de la vénérable Coupole on ne s’attendait pas à une harangue digne des séances de crises de l’Assemblée Nationale.

Marcel Achard a eu bien raison de se défouler en ce jour de mai 1973. Il n’en aura plus l’occasion.

1 Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

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