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La Facture

En janvier de cette année 1973, Achard avait fait jouer au Théâtre de l’Œuvre sa dernière pièce, inspirée de la vie scandaleuse des Borgia, La Débauche. Louis Seigner, nouveau sociétaire honoraire de la Comédie Française, vient de quitter l’illustre maison. La lèvre lippue et l’oeil égrillard, il se fait une joie d’interpréter César, le pape scandaleux. Malheureusement la farce est trop épaisse. Cette fois, l’auteur s’est trompé. Il avait avoué à la presse: « D’habitude j’écris « Violoncelle », avec La Débauche ce serait plutôt « Trombone ». En fait, c’était un tocsin assourdissant. Il croyait que ses personnages deviendraient comiques à force de démesure, ils sont simplement ignobles.

Malade, Marcel, accompagné de Juliette et de son médecin, assiste à sa dernière répétition générale et c’est un échec cuisant.

Depuis plusieurs mois, le bon-vivant paye la note des succulents dîners, des wiskys hors d’âge, des vins capiteux, des vieux cognacs et des gros cigares qui lui rendaient la vie si agréable. Un diabète sévère l’oblige désormais à un régime draconien. Il maigrit à vue d’œil, il perd sa bonne humeur et sa brillance. Il est fini le temps où sous la photo réjouie de l’auteur on lisait ces quelques lignes: « Il est amoureux de la vie. Il en a la passion. En un seul jour, il peut visiter une capitale, assister à un match, jouer à trois jeux différents et écouter de la musique ou aller voir deux films et une pièce dont il démonte aussitôt en expert jusqu’au moindre rouage. Avec lui, tout semble facile parce qu’il ne se plaint pas des difficultés. Il a la séduction drolatique, le charme divertissant, la poésie comique, le dynamisme cocasse ».

En janvier 1974, imitant ses confrères Jean Anouilh , Marcel Aymé et René de Obaldia, Achard se tourne vers le café-Théâtre et confie au Bec fin un de ses premiers textes, créé par Dullin en 1923 Celui qui vivait sa mort. Ce fut le dernier plaisir que l’existence offrit à Marcel. Puis il commença à vivre sa mort.

Le 4 septembre 1974, foudroyé par un pré-coma diabétique, il s’éteint chez lui en quelques heures.

Auteur des articles nécrologiques pour Henri Jeanson, Marcel Pagnol et Steve Passeur, Achard avait peaufiné le sien.

Plus de mille articles et émissions de radio et de télévision saluent la carrière de cet homme, si simple et si complexe.

Mais alors que l’on s’attendait à des obsèques quasi nationales, Marcel Achard, selon ses dernières volontés, fut inhumé en présence de sa seule famille - peu nombreuse - au cimetière de la Chaussée Saint-Victor, près de Blois où Juliette et lui possédaient une maison de campagne.

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