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Les vaches maigres

Entre temps, ANOUILH aurait épousé Monelle VALENTIN, c’est l’époque des vaches maigres 1. Le couple emménage dans un petit appartement rue de Vaugirard, mais le propriétaire exige que l’appartement soit meublé. JOUVET lui prête alors les meubles du décor de Siegfried qu’il lui fait porter par ses machinistes. Monelle VALENTIN lui donne une fille, Catherine, bébé qui couchera longtemps dans une valise.

Monelle VALENTIN aura une grande importance dans la vie et l’œuvre de Jean ANOUILH à ses débuts. « C’était une femme exigeante et névrosée, charmante au demeurant avec les tiers, mais très difficile à vivre en privé. Elle tombait littéralement malade dès qu’elle ne jouait pas ou n’avait pas de rôle en perspective. ANOUILH en souffrait beaucoup ». 2

Pour elle, BARSACQ monte Marie-Jeanne, vieux mélo de DENNERY et MAILLAN, adapté par ANOUILH, dans lequel il y avait un grand rôle féminin. Première le 24 avril 1940. Hélas, le public ne suit pas et la pièce doit quitter l’affiche le 9 mai. En novembre 1941, BARSACQ, par amitié pour ANOUILH, monte Vêtir ceux qui sont nus de PIRANDELLO, pour faire jouer Monelle, afin de permettre à ANOUILH d’écrire des pièces. « En dehors de ces moments-là, il devait aussi, en plus, apaiser les angoisses de Monelle. Le temps qu’il y consacrait, l’attention qu’il prodiguait à Monelle encombraient ses élans créatifs ». 3 La pièce ne connaîtra qu’une cinquantaine de représentations.


Un « voyageur » triomphant succède à un « prisonnier incompris »

ANOUILH, à l’époque, vivait péniblement de gags pour la Société Gaumont, chaque gag lui étant payé 100 francs. Il écrit une nouvelle pièce Y’avait un prisonnier qu’il adresse à Marie BELL, directrice des Ambassadeurs, laquelle accepte la pièce à condition que l’auteur réécrive le troisième acte qui ne lui plait pas. Ce troisième acte, il allait devoir le remodeler à plusieurs reprises, sur les conseils de l’amant de Marie BELL, et ensuite sur ceux du secrétaire-général du théâtre. La pièce est créée le 21 mars 1935, avec une distribution prestigieuse : Aimé CLARIOND, ALERME, Marguerite PIERRY et Simone RENANT. Elle ne connaît pas le succès, cinquante représentations. Elle conte l’histoire de Ludovic, escroc génial qui, après avoir été arrêté en Italie, vient de purger une peine de quinze ans de prison. Lors de sa libération, il renoue avec les membres de sa famille, qui ont refait leur existence, et que ce retour est loin de réjouir. Ludovic va se trouver face à l’hypocrisie et à l’abjection des siens. Il va s’avérer que lui, le condamné, vaut mieux que ces honnêtes gens auxquels il va cracher son mépris et s’évader audacieusement. La presse est mitigée et les opinions défavorables sont les plus nombreuses. Toutefois, on a pu lire : « La pièce, pour discutée qu’elle soit, m’apparaît comme une des pièces les plus neuves et les plus intéressantes de la saison » (Gérard d’Houville - Le Petit Parisien). « Il faut faire un grand compliment et un grand salut à l’auteur » (Pierre SCIZE - Comœdia). Le montant des droits d’auteur n’allait donc pas tirer ANOUILH des difficultés matérielles. « À Paris, une femme, un enfant, et moins de 3 000 francs en tout et pour tout ... » lorsqu’un acteur célèbre d’Hollywood s’entiche du rôle principal et fait acquérir les droits de la pièce par la Métro Goldwyn Mayer. Le film ne fut jamais tourné, mais le montant des droits permit à l’auteur de vivre une année tranquille, qui allait lui permettre d’écrire La Sauvage et de terminer Le Voyageur sans bagages, en Bretagne où il a loué une petite maison. Cette pièce allait marquer un tournant dans la vie théâtrale de l’auteur. ANOUILH avait confié la pièce à JOUVET, et, au bout d’un an d’attente, malgré les promesses de ce dernier auxquelles il ne croyait plus, porte son manuscrit à PITOEFF qui reçoit la pièce et la met en répétitions quinze jours plus tard. C’est, le 16 février 1937, un grand succès qui surprend tout le monde. C’est une pièce âpre et amère qui connaît près de 200 représentations. Après de longues années dans un hôpital, un soldat amnésique se voit attribuer une famille. C’est le thème employé par GIRAUDOUX dans Siegfried.

Chez GIRAUDOUX, l’amnésique est-il Jacques ou Siegfried ? le français ou l’allemand ? Cet inconnu mourra à la fin. Celui d’ANOUILH ayant appris que son passé n’était guère reluisant, le rejette et choisit pour famille un enfant plus jeune que lui, incapable d’évoquer des souvenirs de la vie d’un homme antérieure à sa naissance.

1 Certains biographes d’ANOUILH (Paul GINISTIER, Bernard BEUGNOT, R. de GROMONT) signalent le mariage d’ANOUILH et de Monelle VALENTIN, information qui a toujours été démentie par la famille du dramaturge.
2 Jean-Louis BARSACQ ( Place Dancourt  - Gallimard)
3Jean-Louis BARSACQ ( Place Dancourt- Gallimard)

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