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Saint-Germain des Près

Installé à l’hôtel Taranne, face aux deux célèbres cafés, Le Flore et Aux Deux Magots, boulevard Saint-Germain, Jacques se jette à corps perdu dans la composition de romans et de poèmes.

Utilisant crayon, petits carnets ou bouts de papier, il écrit n’importe où, assis sur un banc du boulevard Saint Germain, derrière un guéridon de café, ou dans le métro. Dans sa chambre d’hôtel, il retravaille ses oeuvres et griffonne en marge de ses anciens manuscrits. Les secrétaires de rédaction, chargées de corriger les épreuves, s’arrachent les cheveux tant son écriture est illisible Il publie plus d’ un ouvrage par an: Septieme, Uruja, Carnage, Le Retour du Divin, Le Victorieux, La Na.

Dès le printemps 1944, un vent d’espoir de plus en plus puissant souffle sur Paris, la délivrance est annoncée. Saint-Germain des Prés se réveille. Les cafés sont combles, les trottoirs bondés. Artistes, peintres, écrivains, comédiens, côtoient une jeunesse impatiente de VIVRE. Ce n’est pas encore le temps de la liberté, mais ç’en est l’approche. Parmi tous les naturels du quartier se détache un quadragénaire, de stature puissante, au masque mussolinien, à la calvitie naissante, c’est Jacques Audiberti qu’on ne rencontre jamais sans son éternel cartable, bourré de journaux, de feuillets dactylographiés, de cahiers, de petits carnets, de crayons, de gomme et d’un porte-plume armé d’une plume sergent-major qu’il trempe dans l’encrier apporté par le garçon des Deux Magots.

Six mois plus tard, Paris, à peine libéré, voit l’éclosion subite de nouvelles troupes théâtrales. L’enthousiasme, l’invention, le besoin de s’exprimer sont l’apanage de jeunes acteurs qui se présentent comme le « Sang Nouveau » du théâtre, Ils envahissent les moindres caves, les plus petits salles pour présenter leurs spectacles qu’ils concoctent avec amour.

Jacques Audiberti fait la connaissance d’une artiste de 22 ans, Catherine Toth, élève du maître Etienne Decroux, professeur de mime. La jeune fille est fiancée à un comédien de son âge, André Reybaz. Tous deux viennent de créer leur troupe: la Compagnie des Mirmidons, et recherchent fiévreusement des œuvres à la hauteur de leur aspiration. Quand Catherine découvre Quoat-Quoat, un long récit poétique exclusivement composé de dialogues et signé de son ami Jacques Audiberti, elle s’enflamme. Reybaz est de son avis : il faut mettre en scène cette œuvre à la véhémence poétique inégalée. Audiberti est hésitant. Sa première  tentative théâtrale fut une telle déconvenue ! D’autre part, sa poésie se vend mal, il enrage, alors il finit par céder .

29 janvier 1946, Quoat-Quoat est affiché au Théâtre de la Gaîté Montparnasse que dirige Agnès Capri. Le spectacle, monté dans la plus grande pauvreté et la plus grande ferveur, reçoit un accueil relativement chaleureux de la critique. Il en va différemment pour le public. La plupart des clients sont venus rue de la Gaîté pour assister au spectacle de variétés de Bobino. Devant l’écriteau « complet », ils se précipitent vers le théâtre voisin, histoire de ne pas perdre leur soirée, de rigoler un peu or le titre Quoat-Quoat a un côté égrillard. Le bon peuple se trompe complètement, il s’agit du nom d’un dieu mexicain . Les spectateurs ne comprennent rien à ce qui se passe en scène...Quand le personnage du capitaine dit: « Je suis Dieu », il ne manque jamais un joyeux luron pour crier de la salle: « Et moi, je suis Napoléon ! » ou: « Et moi,  je suis Jeanne d’Arc ! » ou: « Moi, c‘est le Diable ! ».

Néanmoins, ce galop d’essai attise chez Audiberti le goût du théâtre. Certes, il ne se décide pas à abandonner le roman, mais il juge que l’art dramatique donne à son auteur des satisfactions plus fortes et plus excitantes que la simple écriture.

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