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Les premiers succès

L’esprit toujours en éveil à la recherche d’une fiction, le jeune écrivain ne cesse d’inventer. Dans l’hebdomadaire Arts du 11 novembre 1960, l’article qui lui est consacré se termine ainsi : « Billetdoux est le signataire d’environ mille sketches et de vingt-trois pièces de théâtre ».

Lorsque le 25 janvier 1959, les invités du Théâtre de Poche arrivent à la répétition générale de Tchin-Tchin  2 ils sont intrigués. On leur a annoncé, une comédie en trois actes et quatre bouteilles, signé François Billetdoux. Certes, ce nom est connu des auditeurs de radio. Quotidiennement on écoute les émissions de celui-ci avec le plus grand plaisir, elles sont insolites, pleines d’esprit, espiègles, poétiques mais personne n’aurait parié que ce réalisateur ait le talent de créer deux personnages aussi tendres et pathétiques que le sont cette anglaise et cet italien déçus par la vie. Au premier acte, annonce le programme, Pamela et Césario boivent du whysky. Une boisson un peu sophistiquée, comme leur attitude ; ils apprécient ensuite le cognac, bientôt remplacé par le rhum. En dernier acte, ils redécouvrent la simplicité du « gros rouge » en même temps que celle de leur âme. La surprise est d’autant plus grande que l’auteur prend le risque de défendre son œuvre en interprétant le rôle de Césario, l’alcoolique Il a pour partenaires Katarina Renn, une comédienne au talent rare et insolite ainsi qu’un débutant de dix-huit ans, Claude Berri, dont on parlera plus tard.

Affichée, pendant plus d’un an, la pièce obtient le Prix des U, récompense très convoitée parce qu’attribuée par l’association la plus généreuse de Paris. Ce sont les membres de cette société U, en l’occurrence les auteurs M.Achard, A.Roussin, G.Neveux, le directeur de théâtre Benoît Léon-Deutsch, les critiques J.J.Gautier, M.Favalelli et P.L Mignon qui se cotisent pour offrir une certaine somme à leur lauréat. Le 18 janvier 1959, Billetdoux reçoit de ses aînés un chèque global de 102.160 frs en hommage à son jeune talent .

Le succès de Tchin-Tchin encourage les directeurs de théâtre à faire appel à Billetdoux; qu’à cela ne tienne, François a plus de vingt pièce dans ses tiroirs. Il propose au Théâtre des Mathurins un manuscrit antérieur à celui de Tchin-Tchin, intitulé Le Comportement des Époux Bredburry.
L’action se passe aux U.S.A. Un beau matin, en prenant leur petit déjeuner John et Elisabeth Mortimer apprennent, par la lecture de leur journal, que leur amie, Rebecca Bredburry met en vente son mari. Le postulat est assez difficile à admettre. en dépit de l’explication de l’auteur :
«  C’est une histoire vraie, j’ai la coupure de presse. Une Américaine a voulu vendre son mari pour 30.000$. J’en ai conclu que c’était par amour. On jette une vieille chaise, on se sépare à regret en le vendant d’un meuble de prix qu’on aime. Il faut de la générosité pour s’occuper ainsi de l’avenir de celui dont on veut se séparer pour se soucier de la personne auprès de qui on va le « placer »... ».

La critique reste très mitigée à l’exception de Roger Nimier, avocat de la défense qui fait appel à de sérieux appuis : « Que cette pièce soit un chef-d’œuvre, la meilleure qui séjourne actuellement à Paris, il n’y a pas de raison particulière de croire l’auteur de ces lignes...Mais on peut croire Marcel Aymé, un spécialiste de l’amour et Jacques Chardonne un taste-vin du mariage ». 3

Invité au Festival de Liège en septembre 1961, Antoine Bourseiller, nouveau directeur du Studio des Champs-Élysées, choisit de présenter son nouveau spectacle, Va donc chez Törpe, une comédie inédite de François Billetdoux. Il ne s’agit pas là d’une pièce dite confortable. On est loin du théâtre de digestion. Tout au long des quatre actes, le public se sent mal à l’aise, il est pris au piège comme le personnage principal, l’inspecteur Karl Topfer. Informé des multiples suicides qui se sont succédés dans l’auberge dirigée par Ursula-Maria Torpe, le policier vient enquêter auprès des pensionnaires. Comment se fait-il que cet endroit charmant soit l’hôtel du dernier séjour  ? Pourquoi les désespérés de l’Europe entière se communiquent-ils cette adresse pour y accomplir leur ultime volonté ? Quel secret Ursula-Maria Torpe détient-elle pour attirer ces malheureux chez elle. ? L’interrogatoire n’apporte aucune réponse satisfaisante à ces demandes. Au contraire plus les questions se multiplient, plus les explications de l’hôtesse se font précises et plus la vérité s’estompe et plus le policier est troublé par cette femme étrange, mystérieuse, perverse qui le scrute et l’oblige à s’interroger sur lui.

Une salle pleine de spectateurs applaudissant tous les soirs, la même pièce ne suffit pas au bonheur de son directeur. Antoine Bourseiller se veut l’initiateur de recherches théâtrales. Aussi décide-t-il de monter un second spectacle en alternance avec Va donc chez Törpe, joué les jeudis, vendredis et samedis soir . Il fait appel à Eugène Ionesco, Jean Tardieu et François Billetdoux pour lui écrire chacun un acte sur un sujet identique, la Crise et la Dispute en amour - deux personnages, un même décor - une chambre, un lit, une armoire, trois portes. L’ensemble portera le titre évocateur de Chemises de Nuit. A son habitude, Ionesco démarre sur une quotidienneté la plus banale et en dérègle très vite le mécanisme. On reprochera à l’auteur une certaine analogie avec Amédée ou comment s’en Débarrasser. Jean Vauthier ressuscite le suicidé Bada. 4 Il en fait un bonimenteur impuissant et idéaliste. Quant à François Billetdoux, il met en scène Berthomé, un jeune appelé qui, lors d’une permission, découvre que sa petite amie l’a trompé. Elle est en larmes parce que le godelureau séducteur vient de la laisser tomber à son tour. Bartholomé voudrait trouver une solution pour consoler la mignonne pendant son absence. Ces trois sketches rappellent furieusement les numéros de la Rose Rouge et de la Fontaine des Quatre Saisons. Le public s’amuse mais se lasse vite: «  C’est du Pierre Dac, sans Pierre Dac… », entend-on à la sortie du théâtre. Au bout d’un mois, Antoine Bourseiller met fin aux représentations et réaffiche Va donc chez Törpe en régulier.

2 cf Analyse et Critiques
3 Arts 14 décembre 1960
4 cf Capitaine Bada de Jean Vauthier Théâtre de Poche, 12 janvier 1952

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