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Un conteur insatiable

Revenu à Paris, Billetdoux réintègre l’appartement de la rue Paul Féval. Voisin du célèbre cabaret Lapin Agile, il s’y fait engager et interprète chaque soir ses propres monologues, inspirés de Charles Cros. Deux resteront célèbres : Autodidacte et Le Bon Père ; ils lui seront redemandés à chacun de ses passages soit à l’Écluse, soit chez Milord l’Arsouille...Et François se marie, il a vingt deux ans

En 1951, père de deux petites filles ,Virginie et Raphaële, Billetdoux se sent investi d’une responsabilité de père de famille. Il se doit d’assurer à sa femme et à ses enfants une vie confortable et bourgeoise. Commence alors pour lui la contrainte d’une production intense Auteur de sketches quasi quotidiens qu’il doit fournir à la radio, il s’inscrit dans la liste des écrivains qui participent à l’ inauguration du petit théâtre du Quartier Latin sous la direction de Michel de Ré . Dans le spectacle intitulé : Treize Pièces à Louer, François signe deux sketches : Opéra biographique  et À la Chasse comme à la Chasse, ainsi que le texte des lyrics.

Le monde du théâtre découvre le nom d’un mystérieux Billetdoux et Pierre Berger, le critique de Paris Presse- l’Intransigeant, se demande s’il ne s’agit pas d’un nouveau canular de Raymond Queneau. Un peu agacé, François confirme qu’il est réellement l’auteur de ses œuvres et que son patronyme est bien réel : il s’appelle officiellement Billetdoux, d’une famille protestante d’origine bordelaise et pour en finir en beauté il prétend qu’un de ses aïeux était écrivain public!...

Ecrire des monologues, des sketches pour la radio, être applaudi à la Rose Rouge dans un son numéro intitulé Scarface, cela ne suffit pas à François. Il a besoin de donner vie à toutes ces histoires qui se bousculent dans sa tête. L’heure de l’auteur dramatique a sonné.  Dans les studios de Cognacq-Jay François a fait la connaissance d’un autre jeune écrivain, Jean Cosmos. Ensemble, ils décident d’écrire un spectacle, en deux parties, intitulé Les Plus Beaux Métiers du Monde. Le manuscrit est accepté au théâtre de l’Œuvre et affiché en mai 1955, dans une mise en scène de François Billetdoux lui-même.

S’inspirant d’un fait divers, Jean Cosmos a imaginé une pièce policière d’un genre nouveau .L’action se passe dans une salle de rédaction d’un grand quotidien. Deux journalistes reçoivent l’appel téléphonique d’un criminel anonyme. La pièce intitulée Au Jour, le Jour se termine sur un coup de feu. Après l’entracte, le rideau se relève sur la chambre d’une prostituée d’âge mûr ; elle reçoit un curieux client, petit homme timide, sans envergure, sans désir, qui n’arrête pas de parler d’une voix douce et triste . Le drame se noue peu à peu et la fille y perdra la vie. Ce drame signé Billetdoux se nomme À la Nuit la Nuit. Certes le public applaudit. Mais peu de critiques se déplacent. à l’exception d’un jeune journaliste Pierre Marcabru qui s’enthousiasme : «  Cet acte s’impose par sa densité aussi bien que par ses ruptures et ses retournements ». François définit l’aventure comme un « insuccès d’estime ».

Refusant de se cantonner dans son nouvel emploi d’auteur dramatique  Billetdoux rencontre Jacques Canetti, directeur du cabaret Aux Trois Baudets. Ce denier lui passe commande d’un spectacle de variétés : Hi Fi. Le thème traite des inconvénients du téléphone.

Dans le même temps, François adapte pour la Télévision un roman de Léo Dartey, sous le titre de  Vacances 58 et enregistre Une Rose pour Charles Cros, disque qui obtient le Grand Prix de l’Académie Française

Le jeune écrivain ne s’est pas encore frotté au roman. Pourquoi ne pas commencer ? Alors que les représentations des « Plus Beaux Métiers du Monde » se terminent, sort en librairie la première édition de L’Anima. l Viendra ensuite en 1957 :  Royal Garden blues.*

Le travail d’un conteur exige la solitude et cela ne convient pas à François. Il a besoin de rencontres, d’échanges. Il met fin à sa carrière de romancier après la parution de Brouillon d’un Bourgeois en 1961.

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