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Une affaire de Famille

Un petit gascon à Paris

Jacques Deval, né à Paris le 27 juin 1895, s’appelait, pour l’État Civil Boularan de Cambajoux, un nom qui évoque et s’apparente à Carbon de Casteljaloux, le capitaine des mousquetaires de Cyrano de Bergerac. Jacques Deval est donc un mousquetaire, mais, doté d’une myopie démesurée, on l’imagine mal en bretteur. C’est pourquoi il a troqué, en 1912, son épée contre un sabre, ce qu’il raconte très drôlement et avec émotion dans Sabres de bois, ouvrage qui relate ses tribulations d’hyper myope, relégué, pour cette raison, dans le service auxiliaire (cycliste en 1914 dans une formation d’infanterie) Ce sabre, il le remplacera bientôt par une plume pour le plus grand plaisir de plusieurs générations de spectateurs. Élève indiscipliné, il est allé, comme Sacha Guitry, de collège en collège : Condorcet, Louis le Grand, Henry IV, Chaptal, Lakanal. Moins que Sacha, toutefois, qui avait fréquenté douze établissements en redoublant toujours la sixième. Il fallut expédier le jeune Deval à 16 ans en Angleterre, chez les Maristes, près de Canterbory. Il perfectionne son accent en faisant à pied le tour de l’Angleterre. Habitude de marcher qu’il conservera toute sa vie. À Hollywood, où il avait été appelé pour participer à l’écriture du scénario de Ninotchka, il stupéfiait tout le monde en se livrant à ce sport étrange et pratiquement inconnu là-bas : la marche.

Il revient à Paris finir ses études, prépare Normal Sup et obtient la licence es-lettres. Son père voulait qu’il devienne médecin comme lui, et il n’était pas question qu’il puisse se tourner vers le théâtre. « Ce n’est pas sérieux. Fais d’abord ta médecine. Ton oncle te cédera son cabinet ». L’oncle était oto-rhino. Ayant toujours eu très envie d’écrire, Jacques avait déjà publié un recueil de vers, Le livre sans amour. Il a raconté beaucoup plus tard qu’il n’avait écrit ces vers que pour obtenir l’argent que lui donnait son père chaque semaine alors qu’il était collégien : 70 francs en échange de 70 vers frais éclos.

 

Le Théâtre en héritage

Mais l’hérédité veillait et revendiquait sa succession : son père Albert, dit Abel Deval, qui poursuivait dans sa jeunesse, en province, des études de médecine, sentit tout à coup se développer en lui la passion du théâtre. Il entra au Conservatoire, obtint un prix et joua sur plusieurs scènes parisiennes. Il interpréta même quelques rôles importants auprès de l’illustre Sarah Bernhardt. Il poursuivait parallèlement ses études de médecine et passait sa thèse de doctorat. Mais le théâtre avait sa priorité et il prit, en 1900, la direction de l’Athénée où il interpréta quelques rôles principaux. Puis, renonçant à paraître sur scène, il se consacra exclusivement à la direction théâtrale : l’Athénée toujours, puis Les Folies Dramatiques, 1 en association avec M. Richemond, le Vaudeville et enfin Marigny.

Mais une autre passion habitait Abel Deval : les femmes. C’est lui qu’on avait baptisé « Divan le terrible ». Son fils Jacques a d’ailleurs repris fièrement le flambeau qu’il a fait brûler tout le long de sa vie sans jamais démériter. La troisième génération, en la personne de Gérard de Villiers, a toujours su se montrer à la hauteur de ses glorieux ancêtres. Jacques Deval a d’ailleurs écrit : « Les femmes, je les ai beaucoup recherchées et pas toujours à mon honneur. Ce qu’elles m’ont apporté vaut mieux que ce que je leur ai donné. Si l’on voulait me reprocher un certain nombre de sottises, et même quelques mauvaises actions, c’est sur ce terrain là qu’il faudrait les chercher. Il est vrai qu’en amour on ne sait jamais très bien où finit l’exagération ni où commence le mensonge. Nous promettons en vers et nous tenons en prose ». Il a été marié cinq fois. Sa cinquième femme, Claude Godard, ancienne Miss France, devenue sa secrétaire apprit, le jour de son mariage, par l’officier d’État Civil, que son époux avait déjà convolé quatre fois. Son « fiancé » avait simplement négligé de l’en informer. Et parmi tous ses enfants, on compte deux légitimes : Jacquie, décoratrice et scénographe d’expositions, et Alain, le dernier né, fils de Claude Godard-Deval. Parmi les « illégitimes », Bernard Echasseriau, l’auteur des Dimanches de Ville d’Avray dont on a tiré un excellent film, Gérard de Villiers, 2 l’auteur des S.A.S., que tout le monde connaît, et enfin Fabienne, qui a épousé Topor.

1 Théâtre disparu, situé Boulevard du Temple, devenu cinéma en 1930, et démoli en 1969
2 Gérard de Villiers : Sabre au clair et pied au plancher, mémoires (Fayard)

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