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Le purgatoire

À son retour, ses créations se succèdent au même rythme que précédemment, et sa production d’après-guerre est aussi abondante que celle d’avant-guerre.
Il écrira environ 25 pièces qui connaîtront des fortunes diverses, mais seront toutes marquées de son talent incomparable. Il nous a quittés en décembre 1978, à 82 ans. Son œuvre traverse actuellement le « purgatoire des auteurs » mais connaîtra certainement une nouvelle gloire posthume.

En février 1993, Régis Santon, directeur du Théâtre Silvia Montfort, reprend Lundi huit heures, créée en 1933.

Bernard Thomas, dans Le Canard Enchainé, écrit à cette occasion: « Cherchez le nom de Jacques Deval dans le Dictionnaire Encyclopédique du Théâtre de Michel Corvin chez Bordas. Cherchez dans le Bompiani des auteurs: à la rubrique des rase-tifs et des tartousards, pas un ne manque à l’appel. Lui, rien… Ce que c’est, de Tovaritch à Ombre chère, et de Prière pour les vivants ou Ce soir à Samarcande à Marie Galante, avec lyrics de Kurt Weill, ou certains dialogues hollywoodiens pour Cukor ou Griffith, d’avoir fait, pendant des milliers de soirées le bonheur des spectateurs ».

 

Dignité de l’auteur

La raison de cet ostracisme est simple : Jacques Deval était un homme secret, qui fuyait les honneurs comme il aurait fui la télévision vers laquelle aujourd’hui tous se précipitent : les acteurs - c’est normal, ils défendent leur fonds de commerce - mais les hommes politiques, les sportifs, les cuisiniers, les scientifiques ; tous s’y bousculent. Peut-on imaginer un vedettariat quelconque concernant un personnage inconnu du petit écran ? C’est donc moins le talent qui compte que la médiatisation. Si Jacques Deval s’était agité moitié moins que Marcel Achard, il figurerait dans toutes les encyclopédies. Il a pourtant cumulé bon nombre de fonctions artistiques : poète, romancier, auteur dramatique, dialoguiste, scénariste, metteur en scène. On peut dire à cet égard qu’il était l’anti-Achard...

Autant l’un recherchait les honneurs et s’était fabriqué un personnage incontournable de la vie parisienne, autant l’autre fuyait les mondanités. Son anti-conformisme était total. Il a toujours résisté aux sollicitations pressantes de son ami de jeunesse, Maurice Genevoix qui souhaitait le voir rejoindre les rangs de l’Académie Française. L’idée même des visites protocolaires lui était insupportable: « Moi qui n’ai jamais sollicité aucune faveur, aucune récompense, aller me déguiser en toréador vert à près de 70 ans, ce serait pour le moins badin. À d’autres toutes ces visites intéressées qu’il faut faire à 39 personnes. Au surplus, je n’ai jamais trouvé logique qu’on puisse offrir à la fois une épée et un fauteuil ! ».

Sa sagesse était telle qu’à la veille de la « générale » d’une de ses pièces, il partait un mois en voyage, ignorant le sort réservé à son œuvre. Il voyageait d’ailleurs beaucoup. Pendant que ses confrères allaient de répétitions générales en cocktails, il s’exilait en Turquie ou aux Caraïbes en oubliant de payer ses impôts.

Cette fantaisie cachait une discipline de fer. « Je commence à travailler chaque jour, où que je sois, vers cinq heures du matin, et cela jusqu’à onze heures. C’est une seconde nature. J’ai écrit en partie Mademoiselle sur le paquebot Ile-de-France ».

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