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L’affaire Achard

Deval rencontre un jour Marcel Achard. Chacun parle de ses projets et Deval apprend à son confrère qu’il est en train d’écrire une pièce sur fond d’intrigue policière dont l’originalité réside dans le fait qu’elle se passe entièrement dans le cabinet d’un juge d’instruction. ( Et l'enfer, Isabelle ? ). Achard trouve l’idée excellente et écrit L'Idiote, pièce sur fond d’intrigue policière dont l’action se situe entièrement… dans le cabinet d’un juge d’instruction… C’est une trahison que Deval ne peut accepter, et il écrit La Croix des Vaches 1, pièce mettant en scène Achard, sa femme Juliette et sa maîtresse du moment, Mélina Mercouri. La pièce est féroce et raconte la trahison dont il a été victime. Le « traître » ira jusqu’à piétiner le portrait de sa mère, le seul être qu’il ait vraiment aimé. L’académicien est devenu puissant et personne n’ose représenter la pièce. Le portrait de cet auteur de boulevard, Max Antoche (Alias Marcel Achard) qui désire frénétiquement entrer à l’Académie est si précis et si déplaisant que personne n’ose se lancer. C’est finalement un producteur américain, Georges Banyai, qui acquiert les droits et décide de monter la pièce à Édouard VII.

Opinion de Marcel Achard: « Il y a deux ou trois ans on m’a donné à lire La Croix des vaches: Je n’ai reconnu dans les personnages ni Jacques Deval ni moi-même. Si elle a attendu longtemps un théâtre, c’est peut-être tout simplement parce qu’elle n’est pas bonne. Pour ma part, je ne vois aucun inconvénient à ce qu’on la joue ». Et Juliette Achard d’ajouter : « Si quelqu’un a voulu nous nuire, c’est raté car cet incident nous a valu une avalanche de témoignages de sympathie et d’amitié en provenance des directeurs et des acteurs de théâtre ».

Jacques Deval répond le 29 avril 1966 dans Le Figaro : « Aussi vrai que Monsieur Achard exècre les bruits faits sur sa personne, aussi vrai qu’il a toujours répugné à défrayer la chronique des moindres péripéties de son existence, aussi vrai que sa fidélité en amitié, sa gratitude pour les services rendus, son dédain des appuis douteux sont quasi proverbiaux, il n’est rien dans ma comédie La Croix des vaches qui puisse être imputé ici et là à raillerie occasionnelle de ses travers ou de ses faiblesses, qui n’enlèvent rien à son charme vainqueur ». La pièce, tant mieux ou tant pis, ne verra jamais le jour.
On pourra lire plus loin un extrait de La Croix des vaches.


1 Incision en croix sur le visage et qui constitue une marque d’infamie.

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