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Tribulations d’un enfant Roumain

Le 26 novembre 1909, à Slatina, petite ville située à 150 kilomètres de Bucarest, naît un petit garçon, auquel on donne le prénom de son père Eugen. Ce dernier, un brillant étudiant en droit, a épousé Thérèse Ipcar, fille d’un ingénieur français travaillant pour la société des Chemins de Fer Roumains. Le couple Ionesco paraît très heureux.

En 1911, quelques mois après la naissance d’un nouveau bébé, Marilina, la famille s’installe à Paris pour permettre à Eugen - père de préparer son doctorat en droit. Deux ans plus tard, Thérèse met au monde une nouvelle petite sœur, Mircea qui sera emportée par une méningite foudroyante à l’âge de dix-huit mois. Petit garçon de cinq ans, Eugen découvre l’horreur de la mort et en restera obsédé tout le reste de son existence.

1916, les évènements internationaux se précipitent et l’étudiant Ionesco doit quitter la Sorbonne pour retourner combattre dans son pays. François Joseph vient de déclarer la guerre à la Roumanie, demeurée jusqu’alors d’une neutralité vacillante. L’arrivée de Ferdinand sur le trône change la donne et le nouveau roi, se rapprochant des alliés, entre en conflit avec l’Allemagne. Le combat se conclura très vite par la défaite. Ferdinand, alors, signe un armistice séparé, le 8 mai, pour s’asseoir ensuite au banquet des vainqueurs en novembre 1918.

Eugen Ionescu devrait rentrer en France, il reste en Roumanie, mieux il demande le divorce sous le prétexte fallacieux que son épouse « aurait déserté le domicile conjugal », alors que Thérèse n’a reçu aucune nouvelle de son mari et continue à l’attendre. Sans ressource, ayant deux bambins à charge, la jeune femme accepte toutes les tâches qui se présentent. Le petit Eugen est confié à un établissement pour enfants nécessiteux. Il s’y sent abandonné. Cette expérience malheureuse ne dure que quelques semaines.

À Bucarest, M. Ionesco se remarie et obtient le poste enviable d’inspecteur général du gouvernement, avant de devenir avocat à Bucarest . Il adhère bientôt à la Garde de Fer, mouvement fasciste et antisémite, soutenue par le gouvernement du IIIème Reich.

Pendant ce temps à Paris, Thérèse et ses enfants vivent chichement dans un hôtel peu confortable de la rue Blomet. Lors d’un bombardement au square de Vaugirard, Thérèse prend peur et décide d’envoyer Eugen et Marilina chez des paysans de la Mayenne. Outre que les petits seront à l’abri, ils pourront manger à leur faim...

Le séjour à la Chapelle-Anthenaise fut un bonheur pour Eugène 2. Les fermiers sont de braves gens, l’instituteur est passionnant, le curé est bon et généreux. L’enfant découvre les joies renouvelées qu’offre chaque jour la nature. Rien n’est jamais pareil, le ciel change de couleur, les oiseaux chantent, les poussins naissent, les fleurs poussent, c’est merveilleux... Eugène Ionesco n’oubliera jamais ses deux années de petit paysan. Ce fut le paradis sur terre.
Hélas, tout s’achève, la guerre est finie, le grand-père maternel prend sa retraite, il faut rentrer à Paris pour vivre tous ensemble, cinq personnes en appartement de deux pièces sur une cour sombre et humide, dans une petite rue de XVème. Eugène est inscrit à l’école de la rue Dupleix.

Quelques mois plus tard, le père se rappelle qu’il a deux enfants et les réclame.
Le retour en pays natal ne se passe pas sans mal. Première difficulté : le jeune Eugène ne connaît pas un mot de roumain, il doit apprendre la langue dans un temps record pour entrer au lycée orthodoxe. Seconde difficulté : les rapports entre beaux-enfants et belle-mère sont virulents. Troisième difficulté : Hélène Ionesco, la seconde épouse, ne supporte plus les attouchements de son mari et, dans le ménage, les scènes succèdent aux scènes.
A Paris, sans ses enfants, la vie est trop triste pour Thérèse aussi décide-t-elle de retourner à Bucarest où elle s’installe dans un minuscule logement. Mise à la porte par sa marâtre, Marilina rejoint sa mère. Eugène, à la suite d’une violente altercation avec son père, se réfugie auprès d’elles deux. Grâce à une bourse, le garçon peut s’installer dans une chambre indépendante et continuer ses études .

2 Désormais le prénom Eugène s’écrira à la française.

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