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Quelques pièces


JACQUES ou LA SOUMISSION
- Comédie naturaliste -

Analyse

Jacques est un jeune homme bien élevé mais… il n’aime pas les pommes de terre au lard. Cela désespère les membres de sa famille qui le voudraient semblables à eux mêmes. À force de supplications, Jacques finit par obéir et admettre qu’ « il aime les pommes de terre aux lard ». Ce sera la dernière fois qu’il cèdera. On lui présente une fiancée, elle n’a que deux nez, Jacques en exige une avec au moins trois nez. Alors apparaît une sœur de l’ex-fiancée qui non seulement a trois nez, mais également neuf doigts.

Critiques

"...Je ne crois pas que M .Ionesco soit un génie ou un poète ; je ne crois pas que M .Ionesco soit un auteur important ; je ne crois pas que M.Ionesco soit un homme de théâtre ; je ne croit pas que M .Ionesco ait quelque chose à dire.
Je crois que M. Ionesco est un plaisantin ( je ne veux pas croire le contraire ce serait trop triste), un mystificateur donc, un fumiste, je ne suis pas contre, il en faut .
Hélas ! rien de plus lugubre qu’un fumiste démodé !
L’absurdité, la déraison, l’insanité, le non-sens, l’ineptie érigée en dogme, la contrepèterie, les jeux de mots, les allitérations, la feinte folie, l’extravagance fabriquée, les vocables inventés, le saugrenu à tout prix ,les échafaudages branlants de répliques insolites péniblement élaborées le monsieur qui se chatouille pour nous faire rire et celui qui s’est donné pour mission d’épater le bourgeois...nous connaissons cela depuis très, très, très longtemps."

Le Figaro Jean-Jacques Gauthier 17 octobre 1955

"Avec une bien belle et amusante rigueur, Eugène Ionesco demeure lui-même. ...Ni les thuriféraires exaltés qui tentent de pousser Ionesco vers les abstractions et les systématisations d’une « philosophie du langage », ni les matraqueurs brutaux qui se jettent sur lui dès qu’il paraît et cognent avec rage n’ont pu détourner Ionesco de son dessein qui est de faire rire les spectateurs au contact de leur propre vide et de leur ultime loufoquerie."
Le Figaro Littéraire Jacques Lemarchand, 22 octobre 1955

"Qu’il me soit permis de saluer une fois de plus le talent, l’originalité, la fécondité d’Eugène Ionesco, démolisseur d’un certain théâtre que je méprise autant que lui, sans me sentir condamné à le tenir pour l’unique architecte de celui que j’attends avec une impatience égale à la sienne."
France-Soir Marc Blanquet , 18 octobre 1955

 

RHINOCÉROS

Analyse

Dans une petite ville imaginaire et sans histoire, un rhinocéros, venu dont ne sait d’où, écrase un chat sur la place publique. Les habitants en sont bouleversés. Bientôt les choses se précipitent et le mystère s’épaissit, Mme Bœuf , une dame très respectable, sort de chez elle affolée, son mari vient de disparaître et à sa place un rhinocéros monte l’escalier. On allume le poste de radio, des barrissements assourdissants remplacent la voix des speakers, On appelle les pompiers, ils sont débordés ; des rhinocéros déferlent de toutes parts. Le jeune Bérenger se réfugie chez son ami Jean, couché avec une bronchite, Le malade, au courant de rien, se sent fatigué et de plus en plus mal ; à son tour est atteint par la « rhinocérite » dont les causes sont le fanatisme et l’intolérance. La petite ville tout entière est la proie de la contagion, sauf Bérenger qui reste seul contre tous les autres :
« Hélas, je suis un monstre, hélas je ne deviendrai jamais un rhinocéros. ...Contre tout le monde je me défendrai, contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitulerai pas !

Critiques

"Rhinocèros dit les choses si limpidement - encore que ce soit sous forme d’allégorie - qu’il faudrait vraiment s’avouer bien borné pour ne pas les entendre. Et il me paraît, les ayant entendues qu‘elles ne peuvent qu’intéresser la sensibilité."
Le Figaro Littéraire. Jacques Lemarchand 30 janvier 1960

"Rhinocéros est une œuvre tout à fait claire, d’un symbolisme limpide d’autant plus forte qu’elle est plus accessible et d’une portée d’autant plus grande que tous peuvent en saisir la signification."
La Croix. Jean Vigneron février 1960

"Ionesco a beaucoup d’humour et autant de bonne volonté. Contrairement aux apparences, il n’a jamais cherché à déplaire. Au contraire. Et pour remercier ces messieurs-dames ( le beau monde officiel d’un théâtre de pourpre et d’or) de l’avoir arraché aux théâtres-caves, il fait semblant de se prendre au sérieux ; il fait dans l’humanisme intégral, dans les bons sentiments et les grandes idées."
Esprit. Alfred Simon, n° 283. avril 1960

 

LE ROI SE MEURT

Analyse

Le vieux Roi Bérenger Ier se croit à l’apogée de son règne. C’est tout fier qu’il traverse la salle du trône suivi de sa première épouse, la reine Marguerite, de sa seconde épouse, la reine Marie, et de la femme de ménage, Juliette et, majestueux, passe dans son cabinet de travail. En l’absence du souverain Monsieur le Médecin du Roi révèle la gravité de l’état de son illustre patient condamné à mourir prochainement. Bientôt le malade apprendra la vérité, il la refuse, lui le roi tout puissant n’a qu’un mot à dire pour éloigner la Mort. Mais elle est inéluctable pour tous…

Critiques

"J’ai entendu dire qu’il n’était pas difficile. d’émouvoir les gens en leur parlant de leur mort. Quelle erreur profonde ! Rien n’est plus difficile, au contraire et plein de périls. Parce que les gens ont horreur qu’on leur en parle et n’admettent aisément au théâtre , et souvent avec admiration et émotion, que la mort des autres, ainsi qu’ils le font à la ville. Mais les contraindre à regarder , sans qu’ils se fâchent, leur propre mort, exige cette sensibilité, cette réflexion sur le sujet, cette constance justesse de ton dont témoigne chaque instant du Roi se meurt et naturellement, cet humour inimitable qui se traduit par des bizarres alliances de mots, par le saugrenu d’une réflexion, faite comme en passant, et qui met la salle en joie pour d’excellentes raisons. Jamais Ionesco n’avait dosé le grave et l’incongru, le féroce et l’innocent."
Le Figaro Littéraire. Jacques Lemarchand 3 janvier 1963

"Ce sentiment de l’absurdité de la parole et de la vie qui est au centre de tout le théâtre de M . Ionesco, de tout son comique où prend-il le plus de force si ce n’est en face de l’absurdité de la mort ? Il se pourrait donc que M . Ionesco, loin de se renier ait trouvé ce qu’il a de plus rare pour un auteur dramatique, écrire autre chose tout en restant lui-même."
L’Express Robert Kanters, janvier 1963

"D’où vient que j’aie pu ne pas ressentir les multiples émotions que devraient provoquer ces évocations de l’agonie d’un homme? Outre le manque d’originalité profonde de cette réflexion sur la mort ( j’entends que cela n’apporte pas grand-chose sur le plan même des idées qui sont le plus souvent des idées reçues, voire des lieux communs) il est bien certain que l’auteur n’est pas parvenu, en dépit d’un effort véritable, à créer des personnages suffisamment vrais, placés dans une situation claire et dramatiquement satisfaisante , pour que leur destin puisse concerner le spectateur."
Les Lettres Françaises , Claude Olivier, janvier 1963

"Certes, il est émouvant de voir Ionesco regarder la mort sur la scène comme il passe son temps à le faire dans la vie. Mais ce roi allégorique en diable est un peu lourd de métaphores : il est l’Homme, il est Dieu, il est l’Homme-Dieu, il est le Christ, il est Eugène Ionesco, cela fait beaucoup...On regrette Bossuet, on regrette Shakespeare, on pense à Maeterlinck ...Et on regrette
Les Chaises..."
Arts Gilles Sandier 21 décembre 1968 lors de la reprise

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