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Le chant du cygne

À partir de cette pièce, la production de Passeur se raréfie. On ne compte plus que cinq œuvres représentées jusqu’à sa disparition en 1966…

Après avoir été créée à Bruxelles, 107 minutes sera présentée au Théâtre Montparnasse le 29 septembre 1948 (voir résumé plus loin). À Bruxelles, le rôle principal fut créé par Annie Ducaux. Mais étant sociétaire de la Comédie Française, elle ne pouvait être affichée à Paris. C’est Marguerite Jamois qui lui succédera. Le succès fut mitigé.

N’importe quoi pour elle fut créée au Théâtre Gramont le 18 mars 1954, après que son montage eut été envisagé à l’Œuvre, mais les frais de troupe, décors, costumes avaient découragé les directeurs Lucien Beer et Robert de Ribbon (voir résumé plus loin). Là encore le succès fut mitigé.

Telles sont les femmes fut la dernière pièce de Passeur (adaptée de M. L. du Garde Peach) créée à la Renaissance le 8 mai 1956. Elle suscita des critiques assez bonnes, sans plus. Six femmes qui, dans un hôtel de montagne, attendent le retour de leurs époux, alpinistes partis escalader un sommet. La corde qui les retenait les uns aux autres se rompt. Il ne s’agit pas d’un accident, mais d’un acte volontaire. Il y a donc parmi les femmes une veuve et l’épouse d’un criminel. Mais lesquelles ?

Une œuvre posthume verra le jour en septembre 1968 au Théâtre des Variétés La Moitié du plaisir, pièce tirée du film Le Jeu de la vérité dont le scénario était de Jean Serge et de Robert Chazal, et les dialogues de Steve Passeur. Un groupe de snobs se trouve réuni une nuit chez un écrivain célèbre. Survient un ami qui connaît sur chacun des invités un détail scandaleux. Il dévoilera à minuit le nom de la victime qu’il a choisie. Avant minuit survient un orage et l’homme est assassiné. La police va enquêter mais auparavant chacun mène sa propre enquête. C’est un jeu de la vérité. La critique fut tout à fait médiocre et ce spectacle n’ajouta rien à la gloire de Passeur.

Ce jeu de la vérité rappelle celui auquel Passeur se livrait lors des réceptions qu’il donnait. Il interrompait brusquement les conversations : « Vos discussions littéraires sont assommantes. Nous allons jouer au jeu de la vérité ». Après dix minutes de ce jeu trouble et cruel, diabolique, chacun se lève, et s’en va dans un air chargé de catastrophes. On a déjà relevé certains détails de sa nature de bel excentrique (la formule est d’Elise Jouhandeau) qui cultivait comme personne l’insolence et l’effet de surprise. On peut y ajouter certaines réponses faites à un interview : « Claudel m’embête, d’ailleurs je n’y comprends rien. Je préfère Agatha Christie…Je ne lis plus que des chroniques ou des romans policiers…Vos bouquins d’aujourd’hui vont cahin-caha, sans intrigue et sans personnages… Le Hussard sur le toit ? J’en ai lu, avec beaucoup de peine, dix pages… Je dis qu’une pièce est bonne quand on peut, au hasard, ouvrir la brochure à n’importe quelle page et qu’il se passe quelque chose… ».

En juillet 1945, Passeur, après avoir adressé sa pièce La Traîtresse à Jean Vilar, écrit à ce dernier en sortant du Vieux Colombier : « Cher Monsieur, vous seriez gentil de me renvoyer mon manuscrit le plus vite possible. Je ne crois pas qu’il puisse vous intéresser. J’ai détesté Meurtre dans la cathédrale ou tout au moins le peu que j’en ai vu. Ça m’a semblé d’une prétention et d’un ennui épouvantable pour le théâtre… ».

Il était allé interviewer Bernstein au matin de la première d’ Évangeline. Bernstein le raccompagne à la porte en lui disant : « J’espère que vous aimerez ma pièce. Ce sera peut-être la dernière ». Passeur lui répond, affirmatif, du couloir : « Vous êtes complètement fou. Ce sera la dernière ».

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