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Le Rideau Gris

Après les années de service militaire, il lui faut gagner sa vie. Il entre comme rédacteur au Petit Marseillais. Grâce à ce tremplin, il fait la connaissance de Léon-Gabriel Gros, directeur des Cahiers du Sud. C’est alors qu’intervient le destin : il rencontre dans l’autobus une actrice du Rideau Gris qui lui apprend que Ducreux cherche quelqu’un pour remplacer un acteur malade. Il se présente, fait l’affaire et joue le surlendemain en s’intégrant dans ce groupe animé d’une fureur combative pour faire accepter par le public un théâtre qui sortait de l’ordinaire. « J’arrivais au Rideau Gris pour sauver une représentation - C’était lui qui allait me sauver en me ramenant au théâtre ». Le Rideau Gris fut un peu à Marseille ce qu’avait été à Paris le premier Vieux Colombier de Copeau. Né d’une même exigence, d’un besoin de réaction contre le Boulevard, animé par un jeune intellectuel raffiné et indépendant, lequel mettait en scène et jouait dans ses spectacles, cette Compagnie apportait un style personnel et inconnu, et faisait, sur un plateau de 5 mètres carrés, entrer cette fée si rare au théâtre : la poésie. Le Rideau n’était pas une affaire commerciale, mais un club, et chaque spectacle, répété tous les soirs un mois durant, n’était représenté qu’une seule fois. Tout était donc permis, et Roussin vivait heureux dans ce groupe d’amateurs dont chacun, en dehors, exerçait un métier.

Le professionnalisme se dessine

Le travail se passait dans la joie et la qualité y gagnait. Pour Roussin, qui avait toujours été l’amateur partout où il avait passé, il se sentait professionnel chez ces amateurs. En fondant Le Rideau Gris, Ducreux, à vingt ans, sans le moindre appui, venait de créer en France, la première Compagnie de décentralisation. Ces Compagnies feront florès après la Libération, et seront subventionnées par le Ministère de la Culture.

Les succès remportés par la troupe, notamment L’Opéra du gueux et La Tempête furent confirmés par Supervielle, Milhaud, Poulenc et Giono qui reconnaissaient tous que cette Compagnie pouvait rivaliser avec les meilleurs spectacles de Paris. La collaboration de Roussin au Rideau Gris dura cinq ans, de 1933 à 1937. Le succès de la troupe s’affirmant, elle dût jouer à Lyon, Nice, Grenoble et Cannes. Elle devenait professionnelle et Roussin dût donner sa démission au Petit Marseillais où il avait toujours occupé jusque là son poste de journaliste. Le Rideau Gris qui avait fait de ses comédiens des itinérants, se trouva très vite endetté.

Une Association de bienfaisance demande à Roussin s’il ne pouvait pas « faire quelque chose » pour un gala. En quelques jours, il écrit une revue qui remporte un grand succès deux soirs de suite. On lui demande de récidiver. Il en profite alors pour présenter sa pièce Ams Tram Gram qui attendait depuis deux ans. Elle rencontre un succès éclatant et Ducreux, qui n’y avait pas cru, fait amende honorable : « Je suis le roi des cons ! C’est irrésistible ! À Paris, ce serait un triomphe ». Néanmoins, le Rideau Gris est toujours dans une impasse. Pendant une année entière, pour survivre, Roussin devient représentant de la maison Soudée, en plaçant des peintures et vernis

1937 sauva le Rideau Gris. Au Ministère de l’Éducation Nationale, le ministre, Jean Zay s’intéressait au théâtre, et son chef de cabinet connaissait l’existence du Rideau Gris. Sur la demande de Jacques Chabannes, nommé Directeur du Théâtre d’Essai, la Compagnie fut désignée pour représenter deux spectacles à la Comédie des Champs-Élysées. Ce furent La Duchesse d’Amalfi, de Webster, célèbre en Angleterre et inédite en France, qui reçut un vibrant accueil et dans laquelle Roussin jouait Bosola, la composition d’un ancien galérien, sympathique et redoutable. Le second spectacle fut L’Inconnue d’Arras d’Armand Salacrou, également très applaudi. Engagé pour huit jours, le Rideau Gris resta un mois à l’affiche. C’est après que Ducreux et Roussin se séparèrent. Ducreux et la troupe retournaient à Marseille après la tournée qui avait succédé à la Comédie des Champs-Élysées.

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