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Acteur !

Roussin remonte à Paris. Il est très vite engagé aux Ambassadeurs par Alice Cocea pour jouer Rêves sans provisions une fois par semaine et doubler deux rôles dans Pacifique, de H. R. Lenormand, que Cocea jouait en régulier. Engagé pour jouer un rôle dans Les Jours heureux de Claude-André Puget, on lui demande de rendre ce rôle après quelques répétitions car, tous comptes faits, ça n’allait pas. Le rôle sera créé par François Perier qui y fit d’éclatants débuts. Roussin joue à l’Atelier Noces de sang de Lorca, mais les représentations étaient prévues pour 6 jours, Dullin ne pouvant en accorder plus. Il tourne le film de Marc Allegret, Entrée des Artistes, auprès de Jouvet, Claude Dauphin et Odette Joyeux. Il a à peine le temps de retourner à Marseille voir sa mère, que Jean Daste, qui dirigeait avec Barsacq et Jacquemont la Compagnie des Quatre Saisons, le fait rentrer dare-dare car il lui propose de faire partie de la troupe qui doit jouer à New-York huit pièces pendant 16 semaines, du 15 novembre au 15 mars. Ce fut une vie de forçat qui lui fit perdre quatre kilos, tant le travail était harassant. Il rentrera à Paris sans un sou en poche, s’étant fait dérober ses économies.

Il fera la guerre dans la Compagnie des Ponts Lourds, c’est à dire attendra pendant 8 mois sous les sapins vosgiens, jusqu’à la course à l’Espagne lorsque l’envahisseur eut déclenché sa grande offensive. Cette course à l’Espagne s’arrêtera, grâce à l’Armistice, à Marseille où il retrouve Ducreux, et où le Rideau Gris présente Musique légère, comédie que Ducreux venait de terminer, avec Madeleine Robinson déjà connue du grand public par le cinéma, en tête d’affiche. Roussin connaît alors une courte intrigue amoureuse avec l’actrice, d’où il sort « le cœur en dentelles » mais écrit pour elle Une Grande Fille toute simple. C’est l’histoire d’une actrice qui ne sait pas faire la différence entre la vie et la réalité, entre sa profession et son destin, et qui les confond totalement.

Auteur !

En attendant, venant de toucher un petit héritage, il décide de produire Ams Tram Gram à Aix, Marseille et Cannes, et obtient l’accord de Micheline Presle qui n’avait jamais fait de théâtre, mais qui était déjà une petite vedette de cinéma.

Gros succès. Nous sommes en 1941. Devant l’accueil fait à sa pièce, Roussin part pour Paris, décidé à trouver un théâtre. Après trois semaines de démarches, il obtient un contrat de Jean-Michel Renaitour, directeur du Théâtre Saint-Georges. La pièce serait jouée dans ce théâtre à partir du 27 août. Entre temps, il apprend qu’il vient d’avoir un fils. Il rentre donc à Marseille où il termine l’écriture de La Sainte Famille, comédie non dépourvue d’une certaine profondeur, et d’une ironie déjà amère. C’est alors que Madeleine Robinson lui apprend que Claude Dauphin est prêt à jouer La Grande Fille à Cannes avec elle, Louis Jourdan, Suzy Prim et Robert Lynen. Pendant les répétitions, et pour des raisons différentes, Jourdan est remplacé par Jean Mercanton, Suzy Prim par Marthe Alicia, et Robert Lynen par un jeune inconnu : Gérard Philipe, dont ce seront les débuts sur scène. Mais ce succès est assombri par l’incident qui va empêcher La Grande Fille de voir le jour comme prévu au Théâtre Saint-Georges. Les ausweiss accordés par l’occupant et permettant à la troupe de monter à Paris se trouvent égarés. Ils seront retrouvés perdus dans un dossier, mais trop tard, et Roussin perdra l’argent remis au théâtre dont il garantissait la location. Il accepte alors une proposition de Capgras, directeur des Ambassadeurs, qui avait également pris la direction du théâtre d’Alger, d’y donner une série de représentations de La Grande Fille et d’Ams Tram Gram. Hélas, l’embarquement a bien lieu à bord du Gouverneur Général Grévy, mais le débarquement a lieu le lendemain, la traversée étant annulée, car les Américains viennent de débarquer à Alger. Pour remplacer Alger et utiliser les comédiens, Roussin décide de donner des représentations à Marseille et d’organiser une tournée Avignon, Lyon et la Suisse. Mais les Allemands viennent d’envahir la zone libre et le couvre-feu est imposé à 8 heures. C’est tandis qu’il commence une comédie sur la vie de Molière - ce sera Jean-Baptiste le mal aimé - qu’il reçoit une proposition de Marcel L’herbier, qui allait tourner La Vie de Bohème, pour y jouer un rôle prévu au départ pour Claude Dauphin, lequel venait de gagner Londres pour participer aux Forces Françaises Libres. Il tourne donc pendant 4 mois aux studios de la Victorine

En juin 1943, Ducreux, qui était parvenu à traiter avec le Studio des Champs-Élysées, y présente sa pièce La Part du feu, dans laquelle Roussin interprète le rôle de composition de Klapotermann. Devant le grand succès obtenu, cinq théâtres se proposent de prendre le spectacle après les 21 jours de représentations prévus au Studio. Albert Willemetz, qui dirige l’Athénée en l’absence de Jouvet, affiche donc la pièce à partir du 25 juin. Le succès ne se dément pas et, enfin, les efforts sont récompensés : triomphe d’auteur pour Ducreux, triomphe d’acteur pour Roussin.

Après 6 mois de représentations, Willemetz remplace la pièce de Ducreux par celle de Roussin Ams Tram Gram qui, après bien des tribulations - refus de 6 directeurs, ratage au Théâtre Saint-Georges et ratage d’Alger - est donnée à l’Athénée le 21 septembre 1943 et rencontre immédiatement un très grand succès. Roussin reçoit alors la visite de Raymond Faure, décorateur, et Jean Ozenne, comédien, venus lui demander un acte pour faire spectacle au théâtre Charles de Rochefort avec l’Antigone de Garnier adaptée par Thierry Maulnier. Roussin vient justement d’écrire Le Tombeau d’Achille, qui est retenu. La générale a lieu en mai. Rideau impérativement à 8 heures pour respecter les consignes draconiennes de l’occupant.

Cet horaire inattendu a fait que les invités arrivèrent presque tous en retard et que les acteurs jouèrent dans un brouhaha continuel. Après 3 représentations, le temps de lumière autorisé fut réduit à 1 heure 1/2. C’était donc la fin du Tombeau d’Achille.
Mais la pièce trouva très vite un autre lieu d’accueil, le Vieux Colombier, où elle partagea l’affiche avec Huis Clos de Jean-Paul Sartre, représentations interrompues pendant seulement une semaine, en raison des événements de la Libération.

Après les représentations de Huis Clos, Anet Badel, Directeur du Vieux Colombier et mari de Gaby Sylvia, monte Jean-Baptiste le Mal Aimé, pièce lourde - 2O comédiens et trois décors -, mais Badel est amoureux de sa femme et, dans le désir de la voir jouer le rôle superbe d’Armande Béjart, n’hésite pas à se lancer dans l’aventure.
Roussin joue bien entendu Molière et Ducreux joue Boileau. Générale le 11 novembre. La presse fut médiocre et le spectacle ne connut que quelques représentations. Mais, en consolation, Claude Dauphin et Jean-Pierre Aumont, combattants de la 2° D B eurent deux mois de permission, ce qui leur permit de donner aux Ambassadeurs, avec Madeleine Robinson, une série de représentations triomphales de La Grande Fille.

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