Accueil

2

Premiers essais dramatiques

En 1922, il épouse Lucienne, « parce que c’était plus correct pour la famille », mais prévient la fiancée que le mariage ne durera que trois mois. Il dira d’elle dans ses mémoires « Lucienne, mon assurance contre le suicide ».

Concernant ses liaisons amoureuses qu’il relatera dans ses souvenirs, si elles ont le mérite de la sincérité, elles ne le dépeignent pas à son avantage. Salacrou est en effet un pathétique, toujours torturé par la même interrogation « Pourquoi sommes-nous vivants ? Pourquoi en devons-nous supporter la souffrance ? » et s’indignant perpétuellement contre l’absurdité angoissante de la mort. Il avait entre temps écrit Le Casseur d’Assiettes dont il avait adressé un exemplaire à Charles Dullin, sans succès, puis Tour à Terre, qui allait devenir Le Pont de l’Europe, et serait créé par Lugné Poë au Théâtre de l’Œuvre. Lugne Poe avait trouvé le texte du Casseur d’Assiettes intéressant, mais souhaitait un ouvrage plus fourni. Ce fut Tour à terre.

Parallèlement, Salacrou est engagé par une firme cinématographique pour écrire, dans le bulletin de la firme, des articles à la louange des films distribués par elle. Il est expédié à Vienne en qualité d’assistant français d’une production franco-autrichienne, une adaptation de La Dame de chez Maxim’s intitulée La Môme Crevette. Le film fut un désastre. Alors qu’il poursuivait son « assistanat » dans les studios de Joinville pour le film L’Occident, on lui propose d’écrire le scénario d’un film policier dont on lui aurait confié la réalisation, mais l’inspiration ne vint pas, et la maison de production se disloquait, les principaux collaborateurs s’en allant pour réaliser, dans une maison qu’ils fondaient, Le Comte de Monte Cristo. Ils proposèrent à Salacrou de les suivre en qualité de premier assistant. Le film, muet, démodé avant sa naissance, entraîna la banqueroute de la société de Production, car le cinéma venait d’accéder à la parole. Salacrou avait abandonné très vite le film en cours de réalisation, car il venait de rencontrer Charles Dullin auquel il s’attacha « avec la certitude que ce serait pour moi à la vie, à la mort ». Dullin a, en effet, lu la pièce Patchouli que lui a adressé Steve Passeur, et qui sera montée à l’Atelier en janvier 1930.

 

Le roi des poux

Parallèlement à ces activités cinématographiques et d’auteur dramatique, Salacrou n’oublie pas la pharmacie paternelle, qui peine à lancer sur le marché la Marie-Rose, insecticide destiné à débarrasser des poux les têtes enfantines. C’est alors qu’il a l’idée de lancer le produit grâce à la publicité ( qu’on appelait alors la réclame ). Des textes, insérés dans les journaux, apprenaient : « Suicide d’un roi. Le roi des poux se donne la mort à cause de la Marie-Rose. Une mort parfumée, c’est la mort des poux dans les nuages odorants de la Marie-Rose ». C’est La mort parfumée des poux qui, en trois semaines, assure le triomphe du produit. C’est aussi le début de Salacrou en qualité de chef d’entreprise publicitaire qui lui assurera la fortune. À la Marie-Rose succéderont Le Vermifuge Lune, La Jouvence de l’Abbé Soury, Le Vin de Frileuse et Le Thé des familles. De son appartement de la rue de Vaugirard, il passera directement à l’Avenue Foch. Il écrira plus tard : « Si j’ai créé des affaires commerciales, c’est pour que mon théâtre n’en soit pas une ». Mais il reconnaît ailleurs : « Pour remplacer les mensualités du cinéma dont je voulais me libérer, j’avais créé avec précaution, une toute petite affaire de publicité. En quelques semaines, elle réussit, en quelques mois elle se multipliait, en trois ans, c’était une des premières de France ». Robert Desnos et Charles Trenet seront, pendant quelque temps, associés en tant qu’auteurs, à cette affaire de publicité.

Haut de page

retour suite
Table des matières