Accueil

5

Histoire de rire

En 39, Salacrou venait d’écrire Histoire de rire dont il avait adressé le manuscrit à Fonson (directeur de théâtre à Bruxelles) et reçoit en pleine nuit un coup de fil d’Alice Cocea: « Je joue ta pièce, Fonson me l’a donnée hier soir » . Il rétorque que le rôle n’est pas pour elle. Elle s’obstine et il cède. Roger Capgras, mandataire aux Halles et amant d’Alice a fini par le convaincre. On engage Fernand Gravey, André Luguet et Pierre Renoir. Les répétitions se passeront dans un climat orageux entre Gravey et Luguet qui se détestent, et pendant de continuelles alertes ( Nous sommes en 39, en pleine drôle de guerre ). Histoire de rire est la double aventure de deux jeunes femmes qui quittent leur mari et qui leur reviennent ; l’une est folle, l’autre est sensée si non sage. La pensée amère et poignante de l’auteur les met au même point : histoire de rire. « Paris en guerre écoute cette voix grave, qui vient de loin, du fond de l’âme. La ville et l’auteur peuvent être fiers » (Lucien Dubech) La générale est triomphale. Salacrou précise toutefois : « La pièce eût un gros succès. Peut-être avant tout un succès d’acteurs. En effet, grâce à la guerre qui désorganisait les studios, on m’avait offert une distribution de vedettes de cinéma. C’est à peine si l’exode parvint à interrompre quelques semaines les représentations. Mais l’exil que je m’imposais d’abord à Lyon, puis au cœur même de Paris, et qui devait durer quatre années commençait » .

En effet, pendant l’occupation, Salacrou ne produit pas de pièces. Il faudra attendre Les Fiancés du Havre, qui sera créé à la Comédie Française après le débarquement.

Après la libération, il devient, aux côtés de Jean-Louis Barrault, co-directeur éphémère de l’Odéon, et représente la dramaturgie française dans le spectacle des Alliés, donné au théâtre Pigalle le 28 octobre 1944, avec Marguerite, un acte qui accompagne un acte anglais, un acte russe et un acte américain.

 

La Comédie Française

Les Fiancés du Havre, créé à la Comédie Française en décembre 1944, marqueront l’entrée de Salacrou dans la grande maison. La pièce avait été écrite en 1942 à Lyon où l’auteur s’était retiré. Elle conte une histoire qui s’est réellement passée au Havre en 1908. C’est une pièce tragi-comique, satire de la vieille bourgeoisie havraise. Elle permit à Salacrou exilé de retrouver par l’écriture sa ville natale et les fantômes de sa jeunesse.

Les Nuits de la Colère est une pièce d’une actualité toute récente, puisque ce drame se déroule sous l’occupation (voir résumé plus loin). Salacrou en profite pour, dans une avant-première, préciser à nouveau sa vision de l’art dramatique: « Il faut sortir du théâtre d’évasion et s’attaquer aux grands problèmes de notre temps… Je ne crois plus personnellement à un art détache de la vie sociale » .

La pièce fut créée à Marigny le 11 décembre 1946 par la Compagnie Renaud-Barrault où elle partagea l’affiche avec Shakespeare et Marivaux. La résistance des personnages de Miro et Lecacheux aboutira à un duel Sartre - Salacrou. Sartre avait en effet écrit dans Opéra : « Les personnages crapuleux sont parfaits. Salacrou les connaît bien, mais les rôles de résistants sont très faibles. Il aurait fallu que Salacrou les fréquentât un peu plus » .

Tandis qu’il travaillait à sa pièce, Salacrou reçut une proposition de Gaston Defferre, ministre de l’Information, qui lui offrait la Direction Générale de la Radio Française. Après quinze jours d’hésitation il refusa, parce que trop occupé par l’écriture des Nuits de la Colère. Il a pensé ensuite que ce refus avait changé le destin de la République. En effet, trois mois plus tard, le référendum repoussa le projet de constitution socialo-communiste avec un écart de 2% de voix. « Patron de la Radio, j’aurais déplacé plus de 2 % de voix » .

En 1947, Pierre Bourdan, ministre de l’Education Nationale, lui propose le poste d’Administrateur de la Comédie Française. Il accepte à condition d’avoir à ses côtés Dullin, Dux et Barrault. Ce dernier, pris par sa Compagnie, refuse. La proposition n’aura pas de suite.

Haut de page

retour suite
Table des matières