Accueil

7

Quelques pièces

 

LES MAINS SALES

Pièce en sept tableaux, créée le 2 avril 1948, au Théâtre Antoine, interprétée par André Luguet, François Périer, Paulha Dehelly, Marie Olivier, Jean Violette, Jacques Castelot, Roland Bailly, Maurice Regamey, Robert le Béal, Maïk, Christian Marquand dans une mise en scène de Pierre Vald.

 

Analyse

Hugo, jeune intellectuel d'origine bourgeoise, marié sans véritable amour, se veut un fervent militant communisme. Afin de prouver son zèle, il est prêt à une action d'éclat et accepte de tuer un des chef du parti, Hoederer, soupçonné de pactiser avec la droite nationaliste. Pour accomplir sa mission, Hugo devient le secrétaire particulier de Hoederer. Au fil des jours, il s'aperçoit que ce dernier n'est pas un traître, seule le différencie des autres communistes sa façon d'agir. Hoederer fait confiance à son jeune camarade. Bientôt l'amitié naît entre les deux hommes. Hugo est sur le point de renoncer à son fatal projet quand il découvre sa jeune femme dans les bras de Hoederer. Il le tue. Après avoir purgé deux années de prison, Hugo est récupéré par le Parti. Les temps ont changé, la doctrine a évolué et le souvenir d'Hoederer est désormais célébré. On propose alors à Hugo d'oublier son geste ou mieux de le faire passer pour un crime passionnel. Hugo refuse et, désirant assumer son acte jusqu'au bout, il choisit sa mort.

Critiques

"On comprend ce que Sartre a voulu faire, c'est l'exposition de ce qu'il croit être la vie secrète, conjugale, obscène, avec ces mots d'initiés (comme le mot "récupérable" dont les militants de fer sartriens se gargarisent) enfin les mœurs inavouables de ce qu'il croit être la vie intime des partis -de - fer. Le travail de Sartre, quelles qu'aient pu être ses intentions, est fait à merveille pour satisfaire dans son public -bourgeois- un appétit de voyeur."
Marguerite Duras Revue France mai 1948

"Philosophe hermétique, écrivain nauséeux, dramaturge à scandale, démagogue de la troisième force 19 telles sont les étapes de la carrière de M. Sartre. Malhonnêteté foncière, dégradation, anti communisme vulgaire à dix sous la page..."
Guy Leclerc. L'Humanité 7 avril 1948

"... C'est Sartre qui a les mains sales...Je ne croyais pas que l'anticommunisme de Jean-Paul Sartre pût le condamner si vite à nous offrir sur une scène une histoire aussi bête, lui faire perdre à ce point tout honneur artistique...Si sa pièce réussit, il aura donné une preuve de plus que les anticommunistes sont de fieffés imbéciles."
Pol Gaillard Les Lettres Françaises 8 avril 1948

"Je viens de voir Les Mains Sales. Je crois bien que c'est la plus grande pièce qui soit sortie depuis 1944, et même depuis assez longtemps avant Pleine, solide, multiforme, puissante, violente, tragique bouffonne et surtout vivante(...) Les Mains Sales peuvent s'entendre de cent façons différentes, selon qu'on a l'esprit fait comme ci ou comme ça, selon qu'on pense d'une manière ou d'une autre. Et c 'est bien le fait des grands ouvrages de se dépasser, de s'enrichir de toutes les interprétations que leur prêtent ceux qui en prennent connaissance."
Jean-Jacques Gautier Le Figaro 3 avril 1948

"Mon sentiment est des plus nets et je tiens à le formuler d'autant plus catégoriquement que, sur le terrain philosophique Sartre est grosso modo mon adversaire ; la pièce est magnifique."
Gabriel Marcel Les Nouvelles Littéraires, 13 avril 1948

"Toute la partie politique et humaine de l'ouvrage est remarquable. Voici qu'éclate enfin la merveilleuse médiocrité de la politique. Un ballet de tueurs et de doctrinaires sur le cadavre de la communion des hommes..."
François Chalais Aux Écoutes 9 avril 1948

 

LE DIABLE ET LE BON DIEU

Pièce en trois actes, créé le 7 juin 1951, au Théâtre Antoine et interprétée par Pierre Brasseur, Jean Vilar, Henri Nassiet, Jean Toulout, R-J- Chauffard, Maria Casarès, Marie Olivier, Georges Sellers, Maurice Lagrenée, Anne -Marie Cazalis, Henry Darbrey, Tristan Sévère, Michel Etcheverry, Marcel Alban, Robert Bazile, Jean Borodine, Florence Blot, L. Fernier, E. Durand, Muse Dalbray, C.Dylma, Gérard Darrieu, Duncan, Argus, M. Flagey ,M. Guillar, Michel Gatineau, M. Goulin, Jacques Harden, M. Leccia, M. Loche, Guy Lafaille, Maïk, M. Magnat, Maria Meriko, C. Pelletier M. Vollers, A. Valério, Jean Sylvère. Mise en scène de Louis Jouvet, décors de Félix Labisse, costumes de Francine Gaillard-Risler

 

Analyse

Le capitaine Goetz se targue de faire le Mal à l'état pur et n'accepte qu'un seul rival, Dieu. Un jour, il découvre que piller, trahir, tuer devient fastidieux et qu'il lui faut aller au - delà. Il pourrait adopter la solution que lui propose le révolutionnaire Nasty qui serait de s'allier avec les pauvres et de frapper méthodiquement les riches au lieu de porter des coups au hasard sans plaisir. Mais puisque Dieu est du côté des pauvres, le Mal ne se traduirait-il pas en Bien ? Alors brusquement le projet de faire le Bien le tente. Il choisit de jouer aux dés sa conversion. Dieu, puisque Dieu il y a doit prendre ses responsabilités. Si Dieu fait perdre Goetz, Goetz se pliera à sa loi et fera désormais le Bien, mais si Dieu le laisse gagner, alors il brûlera la ville de Worms et massacrera vingt mille personnes... Mais ce n'est que comédie, Goetz triche, fasciné par l'aventure de faire le Bien. Le Bien qu'il fera alors sera plus nuisible que « les trente cinq années de malice » qu'il vient de vivre. Il s'enfonce si profondément dans le Bien que tous les malheurs fondent sur ceux qu'il veut aider jusqu'à ce qu'un prêtre, Heinrich, lui reproche ses bonnes actions. Goetz alors conclut que Dieu n'existe pas et que l'Homme reste toujours seul. Il tuera alors Heinrich et redeviendra « un homme de guerre qui reste seul avec le ciel vide au-dessus de sa tête ».

 

Critiques

"S'il était dans ses intentions de démontrer qu'on n'a besoin ni de Dieu ni du diable pour se conduire humainement, eh bien cela me semble un lieu commun qui n'a plus besoin de quatre heures pour être démontré."
Elsa Triolet Les Lettres Françaises 14 juin 1951

"M.Sartre a mis tous les atouts dans son jeu. Mais il manque à sa pièce essentiel : ce que les chrétiens appelleraient une âme. Disons simplement : la chaleur humaine. Et l'honnêteté intellectuelle aussi."
Guy Leclerc L'Humanité-Dimanche 17 juin 1951

"J'ai été déçu. Au cours des trois longs actes de Le Diable et le Bon Dieu - ah terriblement longs - je n'ai pour ainsi dure jamais eu la sensation que l'auteur de ces tirades, de ces formules frappées en série, était totalement engagé dans son œuvre, qu'il l'avait écrite avec son sang...Le premier mérite d'une pièce à thèse n'est-il point de persuader ? Qui donc pourra-t-elle gagner à l'athéisme . Qu'on pense à de tels cris à de tels gestes de révolte contre Dieu qu'on trouve dans Dostoïevski et la pièce c Sartre paraîtra ce qu'elle est vraiment : un jeu d'école et non une œuvre de sang et de larmes."
Daniel-Rops L'Aurore 9 juin 1951

"On ne l'a pas couronné comme Voltaire sur la scène, mais il fallait le faire, il faut le faire d'urgence. Le générations qui viennent paraissent si loin de ses préoccupations morales, si étrangères à sa politique si "romantiques" au regard de son apparente sécheresse qu'il convient de rendre justice à cette belle machine à penser, dont le ressort, par un phénomène curieux, fut un adolescent assoiffé de justice et plus émotif que ne le croient les sages bourgeois qui jugent le résultat et applaudissent en entendant des gros mots sur la scène."
Roger Nimier Opéra 13 juin 1951

« Ce n'est jamais Dieu qui choisit, ni Satan. C'est toujours l'Homme et l'Homme seul dans le néant des valeurs » Admettons. Mais alors il est ridicule, il est « tricherie » de la part de M. Sartre d'attribuer à Dieu l'échec de Goetz. Si c'est Goetz, et Goetz seul, qui a choisi, c'est lui seul qu'il faudra tenir responsable des désordres que va entraîner son choix. Dieu n'a rien à voir dans l'acte ? D'accord, mai; alors il n'a rien à voir non plus dans les conséquences de l'acte, il ne fait que les permettre et M. Sartre est prié de laisser le bon Dieu tranquille. »
Michel Mourre Opéra 20 juin 1951

 

NEKRASSOV

Pièce en huit tableaux, créée le 8 juin 1955 au Théâtre Antoine et interprétée par Armontel, Claude Bonneville, Jean Parédes, Robert Seller, Clément Harari, Claude Rio, René Camoin, Jacques Muller, Jean Toulout, Michel Vitold, René Claudet, André Bonnardel, Marie Olivier, R.J. Chauffard, Daniel Mendaille, Max Megy, Georges Sellier, Lefevre - Bel, Pierre Duncan, Christine Caron, Suzanne Grey Jacques Lalande, Véra Pharès, Odile Adam, Dominique Laurens, Betty Garel, François Darbon, André Bugnaud, Jean Le Poulain, Michel Salina, Jean-Pierre Duclosse, Ernest Varial. Mise en scène de Jean Meyer, Décors de Jean-Denis Malclès.

 

Analyse

Nekrassov est le nom ( imaginaire bien entendu ) d'un véritable ministre soviétique qui prend ses vacances en Crimée. Comme on ne l'a pas vu à l'Opéra de Moscou, un mardi, les journaux anticommunistes prétendent qu'il a franchi le rideau de fer. Alors, un personnage douteux, recherché par la police, décide de se faire passer pour Nekrassof avec la complicité d'un rédacteur en chef de journal qui le présente à son directeur. Le faux Nekrassov rédige de sensationnelles et imaginaires révélations sur ce qui se passe de l'autre côté du rideau de fer jusqu'au jour où les révélations devant se faire plus précises, comporter des noms, le faux Nekrassov qui n'est pas tout - à - fait malhonnête répugne à devenir un dénonciateur et va se confesser aux journalistes de gauche. La pièce se termine sur un tableau de journal de droite où l'on s'emploie fébrilement à faire que cette confession serve néanmoins les buts de l'anti-communisme systématique.
Texte de Jean-Paul Sartre Libération 7 juin

 

Critiques

"Jean-Paul Sartre lui-même ne contribue-t-il pas à sa manière à détruire l'espoir révolutionnaire ? Car ce communisme inoffensif et paisible dont seul des mystificateurs aux ordres de la grande finance, de mondains frivoles et des fous éthyliques peuvent dénoncer les espoirs et les préparatifs de conquête, ce communisme dont la soi -disant activité internationale est symbolisée par la valise vide de Nekrassov ; ce communisme sans autres desseins d'expansion ou d'agression que ceux que lui prétendent les calomniateurs à gages, comment, oui comment aidera -1- il à se libérer les "pauvres "d'Occident ? On ne voit pas très bien."
Thierry Maulnier Combat 13 juin 1955

"Quatre heures durant, Sartre s'efforce de prouver aux spectateurs que tous ceux qui ne sont pas d'extrême - gauche forment un sordide ramassis d'imbéciles et de « vendus ». Ce n'est certes pas en semant la panique, en répandant la peur des « Rouges » qu'on diminuera la puissance nocive du communisme. C'est en instaurant un monde de justice, de charité et de paix. On note à ce propos que Nekrassov ne renferme pas la moindre allusion perfide à l'égard du catholicisme ou à propos de l'attitude de l'Église en face du communisme. Sartre aurait-il ainsi par le biais voulu rendre un certain hommage à ceux qui ont compris le véritable enjeu du combat ?"
Jean Vigneron La Croix 17 juin 1955

"Seigneur que de bruit pour peu de chose ! Quand on pense à tout ce savant tapage organisé autour de la pièce, on reste confondu de tant d'insignifiance..) Je suis sorti du Théâtre Antoine hébété et je n'en suis pas encre remis : il n'y a pas de pièce."
Jean-Jacques Gautier Le Figaro 13 juin 1955 )

"J'ai beaucoup ri - non que je sois d'accord avec tous les propos que Sartre prête à ses personnages - j'ai beaucoup ri parce que le rire n'a pas de parti et aussi parce que je ne pouvais faire autrement, emporté que j'étais par la violence comique, l'irrésistible drôlerie, l'entrain, le mouvement, l'invention, les piquantes trouvailles, les extraordinaires situations, les percutantes répliques d'un auteur généreux par le talent autant que par le cœur...Quel triomphe ! Quinze rappels après le premier acte [sic) ,les scènes hachées d'applaudissements, le nom de Sartre acclamé à la chute du rideau...Ce Sartre, décidément est un bel emmerdeur."
Henri Jeanson Le Canard Enchaîné 22 juin 1955

"De cette farce interminable - le spectacle dure plus de quatre heures -M. Sartre pourrait extraire une excellente comédie sur " l'escroc". Le plus grave défaut de cette pièce étant, contre une absence de construction assez surprenante chez le maître ouvrier des Mains Sales, sa longueur."
Max Favalelli Paris -Presse L'Intransigeant 15 juin 1955

"La pièce de Jean-Paul Sartre est neuve. Elle bouscule tous les petits engagements confortables où chacun s'était installé en se recommandant de Sartre. Dans Nekrassov, il se moque gracieusement des personnes qui l'ont mal suivi et mal entendu. On ne saurait s'imaginer plus de grâce, plus d'aisance, de malice, sans l'ombre d'une méchanceté que dans cet opéra bouffe, dans cette revue de fi de siècle. Je suppose que Le Mariage de Figaro dut être une aventure du même ordre."
Jean Cocteau Libération 20 juin 1955 )

 

LES SÉQUESTRES D'ALTONA

Pièce en cinq actes, créée le 23 septembre 1959, au Théâtre de la Renaissance, interprétée par Serge Reggiani, Marie Olivier, Evelyne Rey, Robert Moncade, Fernand Ledoux, William Wissmer, Catherine Leccia, Georges Pierre, André Bonnardel. Mise en scène de François Darbon, décors d'Yvon Henry

 

Analyse

Treize ans après la seconde guerre mondiale, un riche et opportuniste industriel allemand, qui a traversé sans encombre le nazisme, la guerre, la destruction des villes, l'occupation américaine et la reconstruction de son pays, apprend qu'il est atteint d'un cancer inguérissable. Il doit faire fait appel à Werner, son fils cadet pour lui succéder. L'aîné, Franz son enfant préféré, ancien soldat de l'armée allemande, est devenu fou. Depuis la fin des hostilités, alors qu'il passe pour mort au combat, il reste cloîtré au dernier étage de l'immense demeure. Vêtu d'un vieil uniforme militaire, où sont accrochées des médailles en chocolat, il occupe ses journées à enregistrer sur magnétophone d'interminables plaidoiries en faveur de l'Allemagne hitlérienne et la nuit il rêve à ses combats anciens et aux tortures qu'il a infligées aux soldats russes. Seule sa sœur Leni peut l'approcher. Elle l'aime d'un amour incestueux et lui apporte les rares moments de tendresse qu'il est susceptible de supporter. Il refuse systématiquement de revoir son père, mais ce dernier, par le truchement de l'épouse de Wemer finit par obtenir un rendez-vous. Les retrouvailles du père et du fils, l'un coupable de dénonciation, l'autre de torture sont pathétiques. Le père, condamné par la maladie, n'attend pas les six mois de rémission annoncé par les médecins, il part se suicider avec son fils aîné au volant de sa Porsche roulant à tombeau ouvert.

 

Critiques

"J'ai fait naguère le reproche à Sartre de n'être pas poète. Avec joie, je reviens aujourd'hui sur ce jugement II y peut-être dans son œuvre des morceaux techniquement mieux agencés et plus habiles, aucun n'approche Les Séquestrés d'Altona pour l'extraordinaire richesse du verbe et de la pensée, pour la beauté de langage et de l'inspiration. Des longueurs, oui, certes comme il y en a dans Dostoïevski par exemple : insupportables seulement pour ceux ( et ils sont nombreux ) qui ne savent pas écouter. Les autres, je leur fais confiance : ils seront envoûtés, comme je l'ai été, par la grandeur sauvage de cette pièce (...) Un jour, de nos doutes, de nos passions, de nos tourments et de nos colère. comme l'ultime message de Franz lancé à la face du public, restera la voix d'un homme qui avait « la passion de comprendre l'homme » et s'appelait Jean-Paul Sartre. Enfin un écrivain qui a vraiment quelque chose à dire."
Morvan Lebesque Carrefour 20 septembre 1959

"On comprend que la matière dramatique de l'histoire ait incliné Sartre à la porter au théâtre, mais il semble que, par tout ce qu'il veut y mettre, elle eût dû faire un vaste roman. La pièce est de celles don la densité appelle la lecture."
Marcelle Capron Combat 20 septembre 1959

"Sans aucun doute c'est ce qu'il ( Sartre ) a fait de meilleur depuis Les Mains Sales. La conception de l'oeuvre est originale et forte. L'exposition est magistrale et la construction rigoureuse. 11 convient seulement de regretter que l'auteur n'ait pas su élaguer davantage. La pièce aurait gagné considérablement à être resserrée."
Gabriel Marcel Les Nouvelles Littéraires 1er octobre 1959

"Le thème passionnant en soi que celui du nazisme et du capitalisme jumelés et antagonistes ( chacun soutenant l'autre en l'épiant ) parvenus à leur point le plus critique du tragi-comique de parodie (...) Dans quelle mesure un militaire, redevenu civil, peut-il, la guerre terminée, accepter, admettre, excuser les actes, disons : certains crimes qu'il a commis à la guerre ? En aucune mesure sans doute. C'est pourquoi il y des guerres qui ne se terminent pas. Transposez seulement Hambourg en Afrique du Nord et donnez au réquisitoire de Nuremberg le contrepoint d'un nom symbole, inlassablement clamé, Audin, Audin ! AUDIN !" 20
Jean Gandrey-Réty Les Lettres Françaises 1er octobre 1959

"Il faudrait être sot ou Jean-Jacques Gautier 21 - mais c'est tout un - pour dénier toute importance à la nouvelle pièce de Sartre Les Séquestrés d'Altona. Comment ne pas en reconnaître l'ambition et l'ampleur, ne pas y être sensible plus encore que dans les autres œuvre théâtrales de Sartre (...) Jamais Sartre n'avait dit comme ici son angoisse devant le monde d'aujourd'hui, la nécessité de vivre, de l'assumer pleinement, d'en être non seulement le témoin, mais un acteur responsable. (...) Toute la pièce sa pièce est une interrogation à plusieurs voix sur notre façon de fuir ou d'assumer notre responsabilité d'hommes de notre temps, c'est -à -dire d'hommes coupables de Dachau comme de Stalingrad, de Hiroshima comme de la villa Susini... 22 Mais comment juger cette pièce où Sartre à mis pêle-mêle ce qu'il définissait il y a plusieurs années déjà, comme « nos problèmes », (...) Comment la juger sur la représentation du Théâtre de la Renaissance ? Rarement spectacle fut plus indigent, plus insignifiant (...) Seul Serge Regggiani, échappe au désastre, rapide, simultanément pathétique et ironique articulant avec une admirable clarté son texte, il prête à Frank une mobilité intellectuelle et une instabilité psychique sans lesquels ce personnage verserait dans un insupportable romantisme. Sartre a plaqué sur l'évocation d'un monde qui change, qui change les hommes et que les hommes changent, l'image d'un "huis clos" qui relève plus de la dramaturgie classique du conflit que de ce théâtre du changement dont il parle et que Brecht à appelé «théâtre épique». Entre le monde que vise Sartre et la façon dont nous il nous le montre, il y a une contradiction que ni son œuvre, ni sa représentation ne résolvent.
Bernard Dort Théâtre populaire N° 35, décembre 1959

19 Allusion au nouveau parti le R.D.R.
20 Maurice Audin, assistant à l'université d'Alger, membre du parti communiste, militant en faveur de l'indépendance algérienne, fut, en 1957, arrêté par les forces françaises et torturé jusqu'à la mort.
21 Critique dramatique du Figaro
22 Villa située à Alger, lieu de tortures et d'internement des membres du Front de Libération de l'Algérie

Haut de page

retour suite
Table des matières