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Arthur Adamov, auteur reconnu

Succès d’Adamov en R.D.A. et dans les pays de l’Est

En 1950, la guerre de Corée bat son pleine. Les rapports Ouest-Est sont en permanence au bord de la rupture. Les crimes de guerre en Russie sont enfin dévoilés Adamov n’est plus seulement antistalinien, il est devenu antisoviétique. Pour lui une révolution est toujours trahie par les siens. C’est le sens de la nouvelle pièce intitulée La Grande et la Petite Manœuvre, qu’il veut réactionnaire. Roger Blin la monte au petit Théâtre des Noctambules.

Si la réputation d’auteur dramatique d’Adamov n’occupe pas la première page des journaux parisiens spécialisés dans les arts, par contre les Allemands de l’Est le reconnaissent comme un écrivain intéressant et traduisent ses œuvres. Adamov, accompagné du Bison se rend à Munich au Festival d’Erlangen, à radio Stuttgart, où il travaille quelques semaines, à Hambourg, à Kiel. Dans toutes ces villes, il est invité à donner des conférences. Reçu hors de France comme une personnalité de grande culture, Adamov est bouleversé. S’'inspirant de ce malentendu jugé par lui dérisoire, il écrit en deux jours une satire contre la fausse image que l’homme peut donner de lui-même : Le Professeur Taranne

En 1953, sans motif reconnu, Adamov se fâche avec Ionesco et refuse que désormais ses œuvres soient publiées sous le vocable de « Théâtre de l’Absurde », comme le sont La Cantatrice Chauve et La Leçon.

 

L’anarchiste se fait militant de gauche

Jusqu’alors Adamov n’a écrit que de courtes pièces. De retour à Paris il s'attaque à une œuvre de trois actes.  Le Ping-Pong. L’auteur a tout son espoir dans cette nouvelle production et espère en retirer un pécule rondelet qui lui permette de vivre quelques mois à l’abri du besoin. Claude Bourdet et les équipes du Nouvel Observateur et de l’Express se mobilisent pour rameuter le Tout Paris intellectuel de gauche. Mais des invités ne font pas recette . La pièce ne tient que deux mois l’affiche dans un théâtre de 80 places. Le temps des vaches maigres est revenu.

Tandis que le Bison pose pour les étudiants de l’École des Beaux Arts et rapporte à l’hôtel de Seine, rue de la petite Bûcherie, de quoi payer les sandwichs, les paquets de cigarettes et les coups de vin blanc, consommés au Royal Saint-Germain, au Saint Claude, au Flore, à la Rhumerie ou à l’Old Navy, Adamov rewrite les Mémoires et Biographies de célèbres inconnus. Un jour il fait la connaissance d’un client qui avait été administrateur au bagne de Cayenne. Ce personnage avait fait fortune par la revente de papillons chassés par les bagnards. À l’écoute de cette aventure, Adamov a l’idée de sa future pièce Paolo-Paoli, située au temps de la Belle Epoque. où l’on assiste aux les trafics juteux d’ hommes d’affaires pourris, dont un industriel , un abbé et un général, rien que du beau monde.

« Avec Paolo-Paoli j’ai voulu montrer ceux qui paient de leur personne et ceux qui paient de leur argent. Je n’ai pas montré les grands de ce monde, mais leurs sous-chefs, ceux qui font la sale besogne et les garçons de courses des exécuteurs. Cela m’a permis de faire voir un certain aspect des choses à la fois très révoltant et très comique ».

La pièce est montée par Roger Planchon au petit théâtre de la Comédie de Lyon. À Paris, dans les sphères gouvernementales, on s’inquiète. La situation politique n’est pas au calme plat, les évènements de Hongrie entraînent des manifestations antisoviétiques qui tournent à l’émeute : Est-ce le moment de présenter un spectacle subversif, mettant en cause le patronat , la classe dirigeante, l’armée et le clergé ? P. A. Touchard, Président de la Commission des Arts et des Lettres, descend à Lyon pour assister à la dernière répétition de la pièce. À l’issue de celle-ci, il conseille à Planchon d’annuler les représentations. Par contre le critique dramatique du Figaro-Littéraire - journal de droite - Jacques Lemarchand intervient et propose à Touchard d’assister à une nouvelle présentation en sa compagnie. Bon garçon, le président accepte. Aux cris des « Bravo, bravo, bravo », poussés par Lemarchand, Touchard, doute de son propre jugement; ne voulant pas passer pour un réactionnaire attardé, il se ravise et dans une volte-face donne son autorisation. La pièce, qui dure trois heures et demie, est jouée comme prévu quarante fois sur la scène du petit théâtre de la Comédie devant des salles combles. Elle suscite de vives discussions.Toutefois, il faut admettre que les spectateurs qui ne sont pas d’accord sur le fond trouvent la pièce intéressante.

L’ambition d’Adamov est de présenter le spectacle à Paris. Un blanc seing du Ministère est accordé pour trente représentations au théâtre du Vieux Colombier - pas une de plus. Incertains sur l’accueil que leur réservera le public parisien, R. Planchon et A. Adamov font donner la charge par toutes les associations culturelles d’entreprises et de groupements de jeunes en leur accordant des tarifs à prix réduit. De sorte que les premières salles sont louées en totalité. Pendant les jours qui suivent la répétition générale, la presse se déchaîne : Une pièce politique ne pouvait que provoquer des réactions politiques. « C’est le rictus de l’apatride parfaitement incapable de comprendre ce que sont des traditions nationale », déclare dans un grand mouvement de plume l’existentialiste chrétien Gabriel Marcel. Outre les articles critiques habituels, de longues chroniques et entretiens paraissent dans la plupart des hebdomadaires : Propagande et contre-propagande. Adamov est fou de joie. Il n’en espérait pas tant.

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