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Beckett s’embourgeoise

Sans rouler sur l’or, Beckett jouit désormais d’une certaine aisance ; les cachets de ses propres traductions (essais, nouvelles, articles, etc), payés tantôt en francs, tantôt en dollars, ajoutés aux droits d’auteurs de ses œuvres jouées dans le monde entier lui permettent de profiter des biens de consommation comme tout Français des années 65.

Outre la petite maison de campagne d’Ussy, acquise précédemment, Beckett et Suzanne achètent sur plan, boulevard Saint-Jacques, un grand et double appartement avec deux portes d’entrée séparées. Ainsi, tout en vivant ensemble, chacun garderait une certaine indépendance. Quand deux ans plus tard, le ménage s installe dans sa nouvelle demeure, Beckett a la mauvaise surprise de constater que la fenêtre de son bureau donne sur la cour de récréation de la prison de la Santé et que les cris des prisonniers l’empêchent de travailler.

Il n’a plus qu’un recours pour sauvegarder sa tranquillité, se rendre à Ussy le plus souvent possible.

Il achète alors une 4Cv Citroën. L’ancien sportif qui sommeille en lui se réveille, il se sent tout de suite à l’aise au volant et adopte la conduite d’un véritable champion.


Une retraite propice

Libéré des tracas de la ville, Beckett écrit pour le Cherry Lane Theatre de New York, un nouveau long monologue en langue anglaise : Happy. Après avoir pris connaissance du texte, Madeleine Renaud s’enthousiasme et demande à l’auteur de lui en fournir une version française pour le Théâtre de l’Odéon. La pièce a pour titre: Oh ! les Beaux Jours. Une fois de plus, Roger Blin, qui met en scène le spectacle, obtient un véritable triomphe, tant pour l’auteur que pour l’interprète.

Vient ensuite une courte pièce, Play - ( Comédie en français). Caricature du théâtre de boulevard, le sujet en est l’Adultère. Un homme et deux femmes, dont seules les têtes émergent de trois jarres, échangent un dialogue à la Henry Bernstein. Sous un éclairage capricieux de va vient intensif, (jour-nuit, plein feu-obscurité), se font entendre des ricanements et des sifflets en provenance, sans doute, du subconscient des personnages. Quand les acteurs parlent, ils adoptent une diction déformée plus semblable au piaillement de poussins qu’au langage humain et ce jusqu’à l’étourdissement de l’inaudible. La pièce créée en Allemagne est reprise à Paris, au Pavillon de Marsan, dans une mise en scène de Jean-Marie Serreau.

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