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Extrait

LES DEUX VIERGES

 

SCÈNE 9

Frédéric ( Entrant au 1er plan Jardin ) : Qu'est-ce qui vous arrive ?

Vignon : Je te présente ma fiancée !

Frédéric : Ta fiancée ? Qu'est-ce que c'est que cette blague ?

Madeleine : Ce n'est pas une blague, mon petit Frédéric. Ton père t'expliquera.

Elle sort au 2ème plan Jardin.

Vignon : Tu aimes bien Madeleine ? Bon, moi aussi. Ça fait 20 ans que ça dure, mais je ne m'en étais pas aperçu.

Frédéric : Et le mariage, c'est pour quand ?

Vignon : À propos de mariage, pensons au tien. Assieds-toi, j'ai à te parler. Qu'est-ce que tu fais pour le week-end ? Rien, bon. J'ai invité les Vamopoulos.

Frédéric : Désolé, je ne suis pas libre. Je vais à une chasse en Sologne.

Vignon : Chez qui ?

Frédéric : Chez Monsieur Piletta.

Vignon : Chez l'affreux Piletta ? Mais tu es fou !

Frédéric : Mais enfin Papa, tu as oublié ? Un garçon, une fille. Piletta-Vignon, fille unique, fils unique, rencontre colossale.

Vignon : Tu l'as bien regardée, la fille Piletta ? Elle est affreuse, c'est tout le portrait de son père. Elle est myope comme une taupe.

Frédéric : Comme ça, je pourrai vieillir sans qu'elle s'en aperçoive.

Vignon : Et puis, elle boite !

Frédéric : Si peu. Et seulement quand elle marche. Nous n'aurons qu'à avoir une vie sédentaire ! Et puis, tout s'arrange avec la chirurgie esthétique.

Vignon : Pas à ce point là. Je me suis renseigné. Il y aurait trop à faire. Je pense surtout à mes petits enfants. Plus question de la bétonneuse ! Autre chose 1 Tu connais les travaux du Professeur Albrecht !

Frédéric : Du Professeur qui ?

Vignon : Albrecht ! Comment tu ne connais pas les travaux du Professeur Albrecht ? Un célèbre psychiatre Berlinois, ami de Freud. Tout le monde connaît le Professeur Albrecht !

Frédéric : Papa ! C'est moi qui t'en ai parlé.

Vignon : C'est vrai ! Mais tu ne m'avais pas tout dit : il y a plus important que la rencontre des frères astraux. C'est l'union d'enfants issus de frères astraux, qui apporte joie, harmonie, épanouisssement. Achille a une fille, tu l'épouseras !

Frédéric : Mais...

Vignon : Il n'y a pas de mais ! Cette petite est charmante.

Frédéric : Tu la connais ?

Vignon : Non ! Mais elle est forcément mieux que la boiteuse bétonneuse.

Frédéric : J'ai mon mot à dire.

Vignon : Tu n'as aucun mot à dire. Tu épouseras Mademoiselle Vamopoulos ! ( À part, s'adressant à sa médaille de la Vierge ) Vierge ! Protège-moi, fais que Nadine Vamopoulos ne soit pas un monstre.

 

Scène 10

Madeleine ( Entrant accompagnée de Nadine ) : Alexandre, je vous présente Nadine Vamopoulos.

Vignon : Elle est ravissante. Merci Vierge ! Je reviens de loin. ( À Nadine ) Bonjour Mademoiselle. Soyez la bienvenue ! Asseyez-vous là. ( À Madeleine ). Mon petit pigeon, laissez-nous. Il faut que je pense au bonheur de ces enfants avant de penser au nôtre.

Madeleine : Je reviendrai tout à l'heure, parce que j'ai une surprise pour vous.

Elle sort.

 

SCÈNE 11

Vignon : Une surprise ! Revenons à nos moutons. ( À Nadine ) Mademoiselle, je me présente. Je m'appelle Alexandre Vignon et voici mon fils Frédéric.

Nadine : Bonjour Monsieur. Bonjour Messieurs.

Vignon ( À Frédéric ) : Et bien, dis bonjour à Mademoiselle.

Frédéric ( Très froid ) : Bonjour Mademoiselle.

Vignon : Mieux que ça !

Frédéric ( Faisant un effort ) : Bonjour Mademoiselle.

Vignon : Mademoiselle, j'ai consulté les astres et notre bonheur est entre vos mains. C'est pourquoi je vous demande la vôtre, pour mon fils Frédéric ici présent.

Nadine : Mais monsieur, je ne le connais pas.

Vignon : Justement, je vous offre la meilleure manière de le connaître : en l'épousant. Il vous plaît ?

Nadine : C'est-à-dire...

Vignon : Il ne vous déplaît pas ?

Nadine : Non.

Vignon : Donc, il vous plaît. ( À Frédéric ) Lève-toi. Lève-toi ! Qu'est-ce que tu penses de Mademoiselle ?

Frédéric : Je préfère Mademoiselle Piletta.

Vignon : Mais tu es fou ! Regarde ses cheveux blonds.

Frédéric : Je préfère les brunes.

Vignon : Mais les blondes, c'est merveilleux.

Frédéric : Non. Je préfère les femmes faites.

Vignon : Mais elle se fera. Regarde cette taille de guêpe.

Frédéric : Non !

Vignon : Frédéric !

Frédéric : Non !

Vignon : Attendez, il y a un test qui ne trompe pas. Embrassez-vous mes enfants, vous avez ma bénédiction. ( Ils s'embrassent ) Qu'est-ce que vous en pensez, Mademoiselle ?

Nadine fait une moue.

Frédéric : Non !

Vignon : Embrassez-vous encore, encore ! ( Ils s'embrassent. ) Il ne sait pas. Tu vas voir ton père. Je vais te montrer.

Vignon va pour embrasser Nadine.

Frédéric : Non ! Non ! Bon ! Tu me le demandes ?

Vignon : Oui.

Frédéric : Tu ne changeras pas d'avis.

Vignon : Non.

Frédéric : Ça te fait plaisir.

Vignon : Oui.

Frédéric : Ça te rend service.

Vignon : Oui.

Frédéric : Tu ne reviendras pas sur ta décision ?

Vignon : Jamais.

Frédéric : Tu me le jures.

Vignon : Je te le jure.

Frédéric ( Montrant la carte du ciel ) : Tu me le jures sur ta carte du ciel.

Vignon ( Tendant la main ) : Je te le jure : « Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum amanahem varahini oussere carbulath ».

 

SCÈNE 12

Achille entre suivi d'Odette.

Achille ( Criant ) : Eurêka ! J'ai trouvé ! J'ai trouvé la clef de nos menottes. Tu m'as bien dit que tu étais né le 7 Septembre.

Vignon : Oui. Toi aussi.

Achille : En effet, mais je suis Grec.

Vignon : Et alors 7

Achille : Eh bien, dans notre calendrier orthodoxe, mon 7 Septembre à moi, c'est le 21 Octobre chez vous.

Vignon : Qu'est-ce que tu racontes ?

Achille : La vérité. Je ne suis pas ton frère.

Odette : Même pas un cousin éloigné.

Vignon : Tu ne pouvais pas y penser plus tôt ? Alors tout ce que j'ai fait pour toi, c'est en pure perte.

Achille ( À Odette ) : C'est qu'il va le regretter !

Vignon : Non, je ne regrette rien. Je suis tellement content d'être débarrassé de toi.

Odette : Et nous donc ! Je préfère le voir remonter sur ses poutrelles.

Vignon : Sur ses poutrelles, qu'il y remonte !

Achille ( Voyant Nadine ) : Qu'est-ce que tu fais là, toi ?

Nadine : Papa, Frédéric a quelque chose à te demander.

Frédéric : Monsieur Vamopoulos, j'ai l'honneur de vous demander la main de...

Vignon : Non, c'est de l'histoire ancienne.

Frédéric : Comment Papa, mais tu l'as juré.

Vignon : Et après ?

Frédéric : Tu l'as juré sur la carte du ciel !

Madeleine : Sur la carte du ciel ! Alexandre, vous devez faire le bonheur de Frédéric.

Vignon : Je ne saurai rien vous refuser, mon pigeon. Mais j'ai bien l'impression qu'on m'a trompé, qu'on m'a berné, qu'on m'a manœuvré. Mais je pardonne. Vous avez mon pardon. ( À Achille ) Tu es d'accord pour ce mariage ?

Achille ( À Odette ) : Marchons, c'est un très bon parti !

Vignon : Vous êtes d'accord ? Tu es d'accord ? Il est d'accord. Tout le monde est d'accord. Oui, mais voilà, je m'étais tellement habitué à avoir un frère astral. Je n'ai plus de frère.

Madeleine ( Lui tendant une feuille ) :Voilà ma surprise, Alexandre.

Vignon ( Après avoir lu ) : J'ai un frère astral ?

Madeleine : Oui.

Vignon : Un vrai ?

Madeleine : Un vrai, celui-là ! Je suis formelle. Cela fait six mois que je travaille là-dessus.

Vignon : Quel honneur ! Mais il faut lui écrire.

Madeleine : C'est fait ! Il m'a répondu, il va téléphoner.

Vignon : Il va téléphoner ? Alors attendons... ( Le téléphone sonne ) Le voilà ! Quelle coïncidence ! C'est lui, j'en suis sûr. Frère, me voilà ! ( Il décroche ) Allô, mon frère ? Ici Alexandre Vignon... oui... tu es mon frère... nés le même jour... oui... oui... oui, mon Général... certainement, mon Général... tu veux que nous venions chez toi ? Tu m'envoies ton Concorde ? ( Aux autres ) Il en a un, il a acheté le dernier... Ah, merci ! Nous arrivons demain avec ma femme... merci, Général, merci mon frère !

Il raccroche.

Achille : Mais qui est ce Général ?

Vignon : Le Général Amin Dada ! Mon frère !

RIDEAU

 

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