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Extrait

 

BOLÉRO

 

SALON ANNE-MARIE

( Un disque tourne et joue le Boléro sur un phono placé au milieu d'une table roulante - assiettes de petits gâteaux - poussée par un domestique en livrée qui répond au nom d'Horace. Horace fait le tour du salon luxueux d''Anne-Marie, la célèbre couturière, qui reçoit une vingtaine d'invités des deux sexes )

Une invitée s'exclame en enfournant une barquette : Quelle musique !

Une dame aux cheveux gris surenchérit en mordant dans une tartelette :

C'est un chef-d'œuvre!

( Plus loin, une invitée ajoute )

Et quelle délicieuse idée : un thé-musical !

Un monsieur glisse à l'oreille d'un autre : Dommage que ce soit toujours Ïe même disque...

AUTRE GROUPE

Autre dame : Il n'y a qu'Anne-Marie pour avoir des inventions pareilles. N'est-ce pas, Anne-Marie?

Anne-Marie : Que dites-vous, chère amie...

La dame : II n'y a que vous dans tout Paris pour recevoir d'une façon si originale...

( Un monsieur dit, en choisissant une tarte aux cerises )

Le monsieur : En effet cette tarte au Boléro est un pur régal!

Anne-Marie, mettant forte : J'adore cette musique!

Le monsieur : Et je vous comprends. Qui ne l'aime pas?

( À ce moment, on entend des coups au plafond. Anne-Marie et ses amis lèvent ta tête. Au plafond, le lustre de cristal se met à trembler )

Une invitée : Qui est-ce?

Anne-Marie : C'est justement quelqu'un qui n'aime pas le Boléro...

STUDIO REMI

( Studio mi-salon, mi-travail, d'un architecte. Rémi, en robe de chambre et en pantoufles, frappe avec rage sur le plan­cher à l'aide d'un énorme bâton. À l'écart se tient Paul, un de ses amis, qui rit sous cape )

SALON ANNE-MARIE

( Anne-Marie est inquiète pour son lustre et s'écrie )

Anne-Marie : il va finir par décrocher mon lustre, cet animal!

( Ce disant, Anne-Marie s'empresse de mettre le Boléro en « sourdine » )

STUDIO REMI

( Rémi s'arrête de frapper et écoute avec son ami Paul. On entend la musique très adoucie )

Rémi : II n'y a que ça qui la calme... Il paraît que ça fait trembler son vieux lustre... Et c'est comme ça tous les jours... Si encore elle changeait de disque. Mais non ! quand elle a un air qui lui plaît, elle le fait jouer jusqu'à ce que la cire soit usée. C'est une cinglée !...

( Rémi revient devant Paul et ouvre ta bouche toute grande. Celui-ci, avec une cuiller qu'il appuie sur sa langue, observe sa gorge )

Paul : Je ne vois rien, pas la moindre trace de blanc.

Rémi : J'ai pourtant mal à la gorge. Quand j'ai de l'angine, ça commence comme ça.

Paul : Tu en as eu souvent?

Rémi : Une fois, pour ma première communion...

Paul : Comme tous les gens bien portants, tu as peur de la maladie.

( Paul cesse l'auscultation et va poser la cuiller. Rémi le suit )

Rémi : Je t'assure, hier soir, à la piscine du Racing, je suis resté trop longtemps mouillé en sortant de l'eau, j'avais des frissons en rentrant.

Paul : Tu as pris froid... Prend deux cachets, fais-toi transpirer et reste tranquillement chez toi ce soir...

Rémi : Tranquillement, tu en as de bonnes... avec la cinglée du dessous qui reçoit...

( Paul vient de prendre son chapeau et ses gants )

Paul : On dirait qu'elle semble avoir compris.

Rémi : Elle comprend pendant quelques minutes, et puis elle recommence...

( Paul fredonne l'air du Boléro )

Ah! non, pas toi... je commence à avoir la nausée de cet air-là.

( Mais l'air du Boléro éclate brusquement )

Rémi : Ça y est, ça lui reprend. C'est à devenir fou, je te dis...

( Va au téléphone et dit en composant le numéro )

Il faudra qu'elle cède ou gare!

Rémi : Allô... Je voudrais parler à Mme Anne-Marie Aulier... de la part d'un de ses admirateurs...

SALON ANNE-MARIE

( Horace vient prévenir Anne-Marie. qu'on la demandait au téléphone )

Anne-Marie : un admirateur?... Quel admirateur ?...J'en ai des tas... ( Aux amis ) enfin, excusez-moi... Je ne peux pas être tranquille une seconde...

( Elle arrive à l'appareil, suivie d'Horace qui lui tend le récepteur et s'efface )

Anne-Marie : Allô... Allô?... Oui, c'est moi... Ah! c'est vous... Non monsieur, je ne baisserai pas mon pick-up. Si cela ne vous plait pas, allez vous promener.

( Rémi au téléphone hurle avec rage.)

Rémi : Je vous dis que je suis malade... malade... vous ne comprenez pas...

Anne-Marie : Vous êtes malade. Tant mieux, c'est grave, j'espère... Alors agonisez vite et fichez-moi la paix...

( Elle raccroche et revient vers ses amis. On entend des coups formidables au plafond. Elle s'arrête brusquement et lève la tête. Le lustre oscille dangereusement et les invités le regardent avec crainte )

Anne-Marie ( en explosant ) : C'est trop fort... Horace... demandez-moi le locataire du dessus...

STUDIO RÉMI

( Rémi tape à tour de bras. Le téléphone retentit )

Rémi ( à Paul) : Reprends-moi un moment, ça doit être elle...

( Il passe le bâton à Paul qui se met à taper, pendant que Rémi se dirige vers le téléphone, mais sans se presser. L'air du Boléro s'adoucit )

Rémi : Ah! tout de même! ( à Paul ) Arrête pendant que je parle. ( Il décroche ) Allô... oui, c'est moi... ah: c'est vous, chère madame... Comment trouvez-vous mon solo de bâton? Je m'arrêterai quand vous ferez moins de bruit... je recommencerai quand vous en ferez trop.

( Il fait dans la direction de Paul un regard qui signifie « Et toc! » )

Rémi : Je me fous de votre lustre, madame... Je ne fais qu'un souhait, c'est qu'il tombe sur votre tête... Comment?... Mais qu'ils montent, vos amis costauds aux muscles saillants, je les attends avec mon 42.

( Rémi poursuit, en tendant un écouteur à Paul qui s'amuse comme un fou )

Rémi : Quoi ?... je ne suis pas plus un gentleman que vous êtes une femme du monde... architecte sans commande, facile à dire, madame... ça vaut mieux peut-être que d'être une fabricante de robes en série.

( Il raccroche )

SALON ANNE-MAIRIE

( Elle raccroche, furieuse )

Anne-Marie : C'est trop fort... ( Elle appelle ) Horace?... voyez si maître Thibault est arrivé... ( à un invité ) C'est mon avocat-conseil... Il est en train de mettre au point une action décisive. Rira bien qui rira le dernier.

STUDIO RÉMI

( Près du vestibule, Paul prend congé de Rémi )

Paul ( lui tenant la main) : Je me sauve. Un malade m'attend. Tu vois Niquette, ce soir?

Rémi : Elle devait venir en sortant du théâtre, mais comme je suis mal fichu, je vais lui téléphoner de remettre ça a demain.

Paul : Veux-tu que je lui dise?

Rémi : Tu la vois ?

Paul : Je vais sûrement passer à l'Odéon pour voir Faniolle.

Rémi : Entre nous, tu ne fais pas un peu la cour à Niqnette?

Paul : Moi ?... C'est ta maitresse, voyons... Ce n'est pas mon genre d'essayer de chiper la femme d'un copain...

Rémi : Avoue que tu as un léger béguin pour Niquette.

Paul : C'est une scène de jalousie?

Rémi : Non, mon vieux

Paul. Aimes-tu Niquette, seulement?

Rémi : Niquette me plaît beaucoup. Elle est jolie fille, facile à vivre, aussi indépendante que moi et elle ne manque pas de talent... elle fera une jolie carrière de comédienne...

Paul : Bref, ça n'est pas la femme de ta vie?

Rémi : Non, mon vieux. Tu peux tenter ta chance sans remords.

Paul : Je déteste ce genre de plaisanterie, tu sais.

Rémi : Ne te fâche pas... J'ai confiance, en toi et je t'aime bien...

Paul : Sur ces bonnes paroles, je te quitte.

Rémi : Regarde encore ma gorge avant de partir. Je sens un point blanc qui a poussé.

Paul : Ah ! celui-là...

( Il va vers la porte )

Rémi : Alors, bonne soirée... si ma fièvre monte, je te téléphonerai.

Paul : C'est ça. J'enverrai une ambulance. ( Il sort )

Rémi ( à lui-même ) : Je vais tout de même me faire une inhalation...

( Le téléphone retentit, Rémi s'y dirige, décroche l'appareil et solennellement déclare )

Rémi : Madame, je vous dis m...

CHEZ NIQUETTE

( Chambre très petite poule de théâtre. Niquette est une jolie fille de vingt-cinq ans. En pyjama, assise sur son divan, elle est en train de téléphoner )

Niquette ( excessivement surprise au bout du fil ) : Eh ben, dis donc, sois poli !... C'est moi, Niquette... Ah tu me prenais pour une autre! Toujours ton insupportable voisine? ( Elle éclate de rire )

Rémi : Plus que jamais. Bonjour ma chérie! Tu ne joues pas ce soir?... Eh ben, ton amoureux va avoir une grosse déception. Paul sort d'ici. Il comptait aller te voir.

Niquette : Je n'ai qu'un amoureux et c'est toi. Alors je me suis dit : Ma petite Niquette, puisque tu es libre ce soir, tu vas aller passer la soirée avec celui que tu aimes. C'est gentil hein? quoi?... Tu es mal fichu?

Rémi : Oh rien de grave... sûrement un peu d'angine. Alors je vais tout de suite me coucher et essayer de dormir malgré l'enquiquineuse du dessous. Non, non, je ne veux pas t'imposer ma présence. Je suis un malade insupportable et si c'est l'angine ça peut s'attraper. Je te téléphonerai demain. Que vas-tu faire?

Niquette : Je vais me coucher aussi et apprendre mes rôles. Quels rôles?... mais tous mes rôles... tu sais bien que je pars en tournée demain soir pour une semaine. Dis donc, j'y pense... je connais un remède épatant pour l'angine... des comprimés. Tu ne veux pas que je te les apporte? Mais puisque ta bonne n'est pas là tu ne peux pas les faire chercher... enfin comme tu voudras... bonsoir chou, soigne-toi bien. ( Elle raccroche )

CUISINE RÉMI

( Rémi fait bouillir de l'eau. Il examine encore sa gorge devant une glace, puis verse l'eau bouillante dans l'inhalateur qu'il emporte avec précaution dans le studio. Il se met sous une serviette pour ne pas laisser échapper les vapeurs bienfaisantes. On sonne. Il a un mouvement de tête vers la porte. Il renonce à ouvrir et aspire bruyamment les vapeurs de l'appareil )

PALIER

( Le palier. Une femme très élégante est à la porte de Rémi. Elle va voir par dessus la rampe si personne ne monte... Elle entend l'ascenseur... dont le signal rouge annonce « en marche ». Elle semble affolée et résonne )

ATELIER RÉMI

( Rémi a un mouvement d'humeur. Entendant de nouvelles sonneries, il renonce à se soigner et va ouvrir en s'essuyant le nez avec sa serviette qu'il a passée autour du cou )

PALIER

( La femme très élégante et affolée s'apprête à resonner quand la porte s'ouvre. Rémi passe la tête )

Catherine : Monsieur Rémi Courmont, s'il vous plait ?...

Rémi : C'est moi, madame. C'est à quel sujet, madame ?

Catherine : Vous êtes architecte, n'est-ce pas ?

Rémi : Oui madame.

Catherine : Alors c'est bien vous.

( Et la femme élégante entre sans que Rémi ait à la prier )

Catherine : Peut-être ne recevez-vous que sur rendez-vous ?

Rémi : Oui... non... je m'excuse de vous recevoir dans cette tenue, mais ma bonne est en vacances et j'étais en train de prendre une inhalation.

( Il la fait entrer dans l'atelier )

Catherine : Vous êtes souffrant?

Rémi : Un peu d'angine, Je crois.

Catherine : Ah! mon Dieu, mais ça s'attrape...

Rémi : J'ai dit : Je crois. Et mon docteur est sûr du contraire.

Catherine : Raison de plus pour en être persuadé. Ils sont tant qui décrètent qu'on est folle alors qu'on n'a qu'un peu de fantaisie...

( Rémi lui désigne un siège )

Rémi : Asseyez-vous, Je vous prie.

( Catherine s'assied. Rémi en fait autant en ajoutant ;)

Je vous écoute, madame.

( À ce moment, le pick-up de la voisine et des rires se font entendre... ce qui met en rage Rémi. Une rage qu'il essaie de cacher )

Catherine : Pardonnez ma curiosité. Quel est ce bruit?

Rémi : C'est chez ma voisine du dessous. Une toquée qui reçoit des gens mal élevés.

( Le bruit devenant trop fort, il se lève )

Rémi : Excusez-moi, madame, mais il le faut.

( Il va prendre son bâton et frappe sur le plancher, ce qui surprend et amuse la dame. Le téléphone retentit )

Rémi : Je vous parle que c'est la voisine... Je vous demande pardon... ( Il va au téléphone et décroche ) Non... Ici, ce sont les abattoirs de la Villette. C'était bien elle. ( Il raccroche. A Catherine ) Excusez le mensonge, mais c'est pour m'en débarrasser.

( Il s'assied. Un petit silence )

Rémi : Alors, madame, je vous écoute...

Catherine : Si je viens chez un architecte, il s'agit évidemment de construction... Voilà, j'ai le projet de faire bâtir... ou plutôt de restaurer, d'arranger une petite ferme que je viens d'acheter.

(Le téléphone retentit.)

Rémi : Je vous redemande pardon, madame, c'est encore l'horrible femme du dessous...

SALON ANNE-MARIE

( Anne-Marie, au téléphone )

Anne-Marie : Allô, monsieur, vous n'êtes donc pas encore mort ? Vous disiez être malade... Je vous préviens que j'ai ici deux experts et un huissier pour constater et évaluer les dégâts que vous faites à mon plafond... Ah! soyez poli...

Rémi (au téléphone) : S'il n'y avait pas une jolie femme chez moi, je vous répondrais grossièrement... Parfaitement, une cliente... Ravissante et d'une élégance parfaite. Bref, une dame qui ne s'habille sûrement pas chez vous. ( Il raccroche.) Je suis confus, madame... d'ailleurs, pour avoir la paix, c'est bien simple... ( Il décroche son téléphone ) Nous pourrons causer tranquillement...

Catherine ( riant ) : Je suis désolé pour vous, mais mon ensemble sort de chez Anne-Marie.

Rémi : C'est bien ma veine! Vous la connaissez?

Catherine : A peine.

Rémi : C'est une cinglée

Catherine : C'est une artiste.

Rémi : En tous cas, c'est une locataire impossible. Mais revenons au motif de votre visite.

Catherine : Voilà. J'ai donc acheté un moulin.

Rémi : Une ferme, disiez-vous...

Catherine : C'est ça...

Rémi : Je vous demande pardon de vous poser cette question, madame, mais c'est une amie qui vous à adressée à moi ?

Catherine : Non, Je passais devant la maison... J'ai vu votre plaque... je suis montée...

Rémi : Quelle plaque?

Catherine : Eh bien... votre plaque.

Rémi : A la porte de l'Immeuble? Je n'ai pas de plaque. Je n'en ai une que sur la porte de mon appartement.

Catherine ( sans se troubler ) : C'est bien de celle-ci que je veux parler... je suis montée, j'ai vu votre plaque...

Rémi : Et vous avez sonné.

Catherine : Voilà... donc, J'ai acheté un chalet suisse...

Rémi ( surpris ) : Pardon de vous interrompre encore. Mais est-ce une ferme, un moulin ou un chalet suisse?...

Catherine : A vrai dire, je n'en sais rien. C'est une maison avec une tour et des ailes de moulin sise au bord de la rivière.

Rémi : Curieux, en effet. L'oeuvre d'un original sans doute.

Catherine : Elle me vient de ma mère.

Rémi : Vous disiez l'avoir achetée.

Catherine : Jamais de la vie!

Rémi : Pourtant, il m'avait semblé...

Catherine : Dites tout de suite que je suis une menteuse...

Rémi : Oh! madame!... et que voulez-vous faire de cette maison?

Catherine ( comme s'il s'agissait de la chose ta plus simple du monde ) : La transformer en manoir normand du XIIème siècle avec jardins à l'italienne...

(Rémi se lève en disant froidement et calmement :)

Rémi : Parfait, parfait... je vois très bien...

( Il semble réfléchir, puis demande )

et... où se trouve-t-elle, cette maison?...

Catherine : Dans la forêt de Ramboulllet...

Rémi : Ah! dans la forêt de... Il n'y a pas de rivière dans la forêt de Rambouillet. Il n'y a que des étangs.

Catherine : C'est bien ce que je disais : près d'un étang.

( Rémi commence à donner des signes d'inquiétude )

Rémi : Oui... oui... oui...

( Après un court silence, Catherine prend l'inhalateur qu'elle présente à Rémi )

Catherine : Maintenant, cher monsieur, faites-moi un grand plaisir. Buvez votre inhalation.

Rémi : Mais comment donc... un mot cependant : qui êtes-vous?

Catherine : Comment? Vous ne m'avez pas reconnue? Jeanne d'Arc!

Rémi : Je me disais aussi... Vous permettez que je donne un coup de téléphone?

Catherine : Naturellement! Mais Je vous défends d'appeler Police-Secours! Parce que c'est curieux, chez toutes les personnes où je vais, on appelle Police-Secours.

Rémi (ironique) : Pas possible?

Catherine : Simple coïncidence, évidemment, mais ça commence à m'ennuyer de toujours me retrouver chez le commissaire et de me faire réclamer par mon mari.

( Il raccroche )

Rémi : Vous êtes mariée?

Catherine : Oui. Ça vous paraît extraordinaire?

Rémi ( intéressé ) : Qui est votre mari. Napoléon?

Catherine : Vous êtes fou?

Rémi : Je suis en train de me le demander justement.

Catherine : Comment vous appelez-vous!

Rémi : Moi ? Louis XIV.

Catherine : idiot. Parlez sérieusement. Quel est votre prénom?

Rémi : Rémi. Ça vous plaît?

Catherine : Non. Je vous appellerait Do Dièze

Rémi : C'est gentil.

( Catherine éclate de rire. Rémi, de plus en plus inquiet. Soudain, il a une idée, il dit )

Rémi : Écoutez, c'est entendu. Je transformerai votre maison en manoir Louis XIII.

Catherine : J'ai changé d'Idée. Faites-en une maison basque.

Rémi : Parfait. Demain matin, elle sera à votre porte... Je vous accompagne?

( Il lui désigne l'entrée, mais Catherine refuse )

Catherine : Je n'ai pas encore envie de m'en aller.

Rémi : Dire que j'ai du travail...

Catherine : Ne vous gênez pas pour mol.

Rémi : Si, justement. Partez, chère madame.

Catherine : Vous avez peur de moi ? Vous me prenez pour une folle, n'est-ce pas ?

Rémi : Oh! qu'allez-vous imaginer!

( Petit silence. Soudain elle se lève, va chercher le bâton et frappe trois coups, devant Rémi sidéré )

Catherine : il faut que je pense à tout. Vous laissez votre ennemie en repos.

Rémi : Bravo, chère amie.

Catherine : Appelez-moi Kate, je m'appelle Catherine. Et puis, embrassez-moi, vous en mourez d'envie.

( Rémi est sidéré, il bafouille )

Rémi : Mais non... pas du tout...

( Catherine devient tendre )

Catherine : une folle, c'est bien agréable, n'est-ce pas? Avec elle on peut tout oser. Elle ne se souviendra de rien ou on ne la croira pas. Les gens penseront : Cette pauvre toquée a inventé ça. Embrassez-moi donc.

Rémi ( attendri ) : Non Jolie Catherine. Où habitez-vous D'où venez-vous?

Catherine : Le sais-je? Embrassez-moi donc, ça me fera plaisir à moi aussi.

( Rémi est très troublé par cette folle si séduisante, si provocante. Il n'y peut résister. Il l'embrasse. À ce moment on sonne. Catherine s'agrippe aussitôt à lui )

Catherine : N'ouvrez pas, je vous en supplie, n'ouvrez pas, je suis sûre que c'est lui.

Rémi : Qui lui ?

Catherine : Mon mari, cachez-moi.

Rémi : Mais nous ne faisons rien de mal.

( Elle se dégage de ses bras et le repousse )

Catherine : Vous trouvez ? Alors ouvrez-lui et je lui dis que vous m'avez embrassée sur la bouche.

Rémi : Voyons, madame, c'est vous qui me l'avez demandé... je vous assure, Il vaut mieux rentrer chez vous.

(Nouvelle sonnerie.)

Catherine : Cachez-moi ou je me tue. Vous ne pouvez pas comprendre. Je ne suis pas une folle, comme vous croyez. Je n'ai plus le temps de vous expliquer... il y va de ma vie, entendez-vous. Cachez-moi, ne dites pas à mon mari que je suis là... il partira. Après je vous expliquerai. Vous saurez tout.

..."

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