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La gloire à dix-huit ans

Forte de cette élogieuse appréciation, Françoise s’enhardit et va, elle-même, déposer son ouvrage aux secrétariats des maisons d’édition Julliard et Plon. La réponse de Julliard ne se fit pas attendre . Dès le lendemain un télégramme convoquait d’urgence Melle Quoirez, rue de l’Université.

Après trois heures d’entretien, le directeur, Robert Laffont, fut convaincu d’avoir découvert un petit prodige de la littérature française auquel il était urgent de donner un pseudonyme, car Françoise voulait garder son indépendance vis à vis de sa famille bourgeoise. Admiratrice inconditionnelle de Marcel Proust, Françoise choisit le nom de Sagan, en hommage à l’un des personnages de son auteur préféré.

À la parution de Bonjour Tristesse ce fut l’explosion d’une bombe dans le monde littéraire. Les lecteurs furent partagés entre l’admiration pour le talent indiscutable de l’écrivain et le scandaleux sujet de son œuvre  : Comment une adolescente pouvait-elle imaginer qu’une jeune personne de son âge puisse faire l’amour sans amour et comment pouvait-elle, par pur égoïsme, pousser la maîtresse de son père au suicide ? Le cynisme le disputait à l’immoralité et pourtant la critique ne pouvait nier une certaine douceur mélancolique et tendre se dégageant des lignes de l’ouvrage. Un nouveau Radiguet de dix-huit ans venait de se révéler . 1

 Le roman s’arrachait dans les librairies.. Le tirage monta jusqu’à un million d’exemplaires. Le Prix de la Critique dont le jury comprenait les noms de Jean Paulhan, Maurice Nadeau, Georges Bataille, Roger Caillois, etc ... fut attribué à Bonjour Tristesse . Mr François Mauriac, soi-même, écrivit un long article en première page du Figaro, ayant pour titre : Un charmant petit monstre .

Cet énorme succès ne monta pas vraiment à la tête de la jeune romancière . À présent que la voilà millionnaire, elle n’a qu’un désir en tête, celui de pouvoir s’offrir une voiture de sport …

Le succès se répercuta jusqu’en Amérique. Françoise, accompagnée de sa sœur Suzanne et chaperonnée par la journaliste Hélène Gordon-Lazareff et l’éditeur Guy Schoeller, fut reçue à New-york comme une véritable star . À sa descente d’avion, journalistes et photographes l’entourèrent et la pressèrent de questions . Les dîners de gala, les réceptions se succédèrent. On s’arrachait « the famous young french girl » . On lui posait toujours les mêmes questions sur l’amour, la jeune fille française, la sexualité, (sujet encore tabou à l’époque) Françoise, timide ne savait que répondre, ni quelle contenance adoptée . Ce triomphe fut une épreuve dont apparemment elle se serait bien passée quand il lui arriva un télégramme signé Tennessee Williams . Il l’invitait chez lui en Floride . Accompagnée de Suzanne, elle passa deux délicieuses semaines auprès de l’auteur d' Un tramway nommé désir . Elle gardera de ce séjour un souvenir privilégié .

1 Paris-Match 27 mars 1954

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