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Cinéma et « Boulevard »

Devant le succès remporté par sa pièce, SAUVAJON décide de se consacrer à l'écriture dramatique, mais la guerre en décide autrement : il est un des officiers de réserve des services de santé. Après l'armistice, il écrit un scénario sur le  retour à la terre , thème très à la mode à l'époque. Le film sera tourné en 1941 par Jean-Pierre DUCIS sous le titre  Après l'orage , avec Jules BERRY et CHARPIN. Ces premiers pas dans le cinéma seront suivis de beaucoup d'autres. Il mettra même lui-même en scène un de ses films  Le bal cupidon . Il collaborera à 97 films ! du meilleur au pire, car il écrit inlassablement pour le cinéma et pour le théâtre  « des pièces ingénieuses, ébouriffantes, aimables – que voile parfois une discrète mélancolie – des comédies qui ne soulèvent pas de problèmes, narquoises, cabriolantes, constellées de feux d'artifice. Des divertissements dans chausse-trapes, sans embuscades ni détours, qui vont plus loin qu'il n'y paraît, brefs tableaux d'une époque absurde, images fugitives, crayonnées en marge du Grand Livre… Il y a en cet homme-là, de la mesure, un sens aigu du ridicule, je ne sais quel scrupule qui l'empêche toujours de prendre les autres au sérieux. Et de la naïveté aussi… La réputation d'un homme cultivé, courtois, sensible, modeste. La sympathie de qui l'approche un instant. L'estime de quelques-uns, plus exigeants, qui savent lire à travers les lignes » . 3

Marc-Gilbert SAUVAJON devient vite l'un des auteurs les plus appréciés du  boulevard  et sa grande spécialité devient l'adaptation dans laquelle son rôle aura été considérable, et les œuvres de Somerset MAUGHAM, Peter USTINOV, Jean KERR, Melchior LENGYEL ou Harry KURNITZ lui doivent beaucoup. La réussite de ses deux premières adaptations a fait   « qu'il n'y a guère de pièce étrangère qui n'atterrisse sur mon bureau. C'est l'engrenage… ». C'est pourquoi son œuvre compte autant d'adaptations que de pièces originales, et chacun reconnaîtra qu'il restera le maître incontesté du dialogue.

Il devra attendre 1944 pour renouer avec son premier succès et consolider sa position de dramaturge. Ce sera  Au petit bonheur , créé le 10 octobre 1944 au Théâtre Gramont et, devant la réussite, reprise en 48 à la Potinière, puis à nouveau au Gramont. Après trois adaptations qui connaîtront toujours le succès ( George et Margaret ,  Les enfants d'Edouard , et  Ninotchka  ), c'est une pièce originale qui est créée au théâtre Edouard VII le 12 mars 1951  Tapage nocturne . Un vieillard qui tyrannise les siens a voulu serrer de trop près sa jeune secrétaire qui l'a proprement envoyé ad-patrès. C'est le même sujet qu'avait traité SALACROU dans  L'Archipel Lenoir  en 47, mais la similitude s'arrête là. C'est un demi-succès.

SAUVAJON écrit alors le livret d'une opérette  C'est écrit dans les étoiles  pour le théâtre de Paris. Il était sans doute écrit dans les étoiles que l'échec serait total, faute de vedettes à l'affiche. Le livret de SAUVAJON et les lyrics de Jacques LARUE sur une musique de Johnny HESS étaient pourtant bien supérieurs à tout ce qui se faisait alors dans le domaine. SAUVAJON prend très vite sa revanche, quelques mois plus tard, au théâtre des Capucines avec  Treize à table  . La pièce se jouera longtemps et sera régulièrement reprise.

Pendant six ans, à l'exception du cinéma, SAUVAJON se consacre exclusivement aux adaptations. Il en écrira sept qui connaîtront des réussites diverses. Ses pièces originales qui suivront  Bienheureuse Anaïs  et  Version grecque  ne susciteront pas l'enthousiasme. L'action de  Bienheureuse Anaïs  se situe dans un village du Gard, lors de la béatification d'une vieille femme, morte vingt ans plus tôt en odeur de sainteté. Cette cérémonie va avoir d'étranges répercussions sur la vie jusqu'alors paisible des habitants.

 

Quant à  Version grecque, c'est une comédie qui, comme le titre l'indique, se situe dans la Grèce antique, mais il faut croire que le public n'était pas attiré par cette évocation olympienne car, malgré la présence du couple vedette Georges MARCHAL - Dany ROBIN, il n'a pas répondu à l'appel.

3 Michel AUBRIANT – M.-G. SAUVAJON et la musique de chambre. Éditions Paris-Théâtre, n° 103 décembre 1955.

 

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