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Des débuts difficiles pour un théâtre de poésie

Sans plus attendre, heureux et se sentant encouragé par son succès, Georges Schehadé décida d’inventer une nouvelle pièce . Les idées se bousculaient dans sa tête, il écrivait des répliques sur toutes les feuilles qui lui tombaient sous la main, y compris du papier à l’en-tête du Haut - Commissariat . Un titre fut tout de suite trouvé , sans hésitation, ce sera :Monsieur Bob’le .

Après plusieurs mois, le manuscrit fut achevé, les épreuves corrigées . Il ne restait plus qu’à mettre la pièce en répétition

La France ayant déclaré la guerre à l’Allemagne en septembre 1939, pas question d’espérer monter à Paris. Il fallait se contenter de mettreMonsieur Bob’le 1 en scène à Beyrouth avec pour interprètes quelques amis dont la femme d’Henri Seyrig, directeur du service des Antiquités du Liban.

Malheureusement, à l’automne 1940, en dépit de l’Armistice en France, la guerre n’était pas terminée, les évènements se précipitèrent et les combats menés par les Alliés et les Forces Françaises libres se poursuivaient au Moyen Orient.

Pendant ce temps, Georges ayant été nommé secrétaire général de l’École supérieure de Lettres de Beyrouth, en profita pour faire jouer certains passages de Mr Bob’le par quelques uns de ses étudiants.

1945, il aura fallu attendre quatre années pour que Georges puisse demander à sa sœur Laurice, dont le mari avait été nommé Chef de missions à l’ambassade d’Italie à Paris, de l’aider à faire éditer en FranceMr Bob’le, resté jusque là dans l’ombre .

Lors de son congé annuel, G. Schehadé se rendit à Paris. Il y rencontra alors Louis Jouvet qui parut intéressé : «  Si j’avais dix ans de moins, lui dit le comédien, j'aurais accepté de prendre le risque ».

Lors de son retour au Liban, Georges fit connaissance sur le bateau, d’une jeune personne, Brigitte Collerais, dont il tomba amoureux . Elle sera la femme de sa vie, il l’épousera en mars 1951 et ne la quittera jamais.

Juillet 1946, Georges quitta une première fois le Liban pour venir vivre à Paris auprès de Brigitte. Il postula et obtint un poste à l’Unesco . C’est alors qu’ il rencontra Max-Pol Fouchet, Pierre Emmanuel, Tristan Tzara, André Breton, Benjamin Péret, Julien Gracq, Paul Eluard, Philippe Soupault. Cette fois, Georges Schehadé faisait vraiment partie du monde littéraire parisien.

Des articles élogieux dans CombatLes Cahiers du SudLa Gazette des Lettres témoignaient de son talent de poète dont les œuvres furent régulièrement publiées.

Alerté par le journaliste écrivain Max -Pol Fouchet, Georges Vitaly, jeune metteur en scène officiant au petit théâtre de la Huchette, prit connaissance de M. Bob'le avec grand enthousiasme . Pour monter la pièce, il lui fallait trouver de l’argent. Il fit donc les démarches nécessaires auprès du Ministère pour obtenir « l’aide à la première pièce », subvention accordée aux auteurs débutants. Tout espoir était permis, mais il fallait attendre.

À l’Unesco, G. Schehadé ne fit pas l’affaire . Il dut donc, en octobre 1949, retourner à Beyrouth abandonnant à la fois Brigitte et ses projets. Il dut attendre juin 1950 pour recevoir de bonnes nouvelles de Georges Vitaly : « l’aide à la première pièce » venait de lui être accordée et sa pièce serait mise en répétition en janvier suivant. Gérard Philipe, auquel G. Vitaly avait proposé le rôle de M.Bob’le, s’était récusé . Pour lui le personnage devait être joué par un acteur plus âgé. Ce fut en définitive à R.J Chauffard, jeune comédien, interprète préféré d’ A. Adamov, E. Ionesco, J.P Sartre, M.Duras , J. Audiberti etc… qui eut le rôle.

La première représentation fut fixée au 30 janvier 1951. Trois jours auparavant paraissait dans le journal Arts, sous la signature de Max-Pol Fouchet, un bel article intitulé: « L’aventure de Bob’le , c’est le passage du poète… » .

Dès le lever du rideau, la représentation surprenait le spectateur, elle exigeait de lui un effort, une parfaite adhésion alors qu’il ne pouvait se raccrocher à aucune véritable action, mais cet effort surmonté, il se sentait récompensé et heureux en écoutant cette sorte de long poème. Les critiques furent naturellement contradictoires. Le clan des mécontents l’emportait sur celui des enthousiastes. Découragé à la lectures des méchants papiers, les spectateurs se firent rares Les premières salles furent à moitié pleines, le théâtre n’en contenant qu’une soixantaine, c’était assez dire le peu de public qui découvrait M. Bob’le. Le critique dramatique Guy Dumur, un fervent de la pièce, proposa à Maurice Noël, directeur du Figaro littéraire, d’organiser une table ronde des poètes défenseurs de l’ouvrage. André Breton, René Char, Georges Limbourg, Benjamin Péret, Henri Pichette, Max –Pol Fouchet , auxquels se joignit Gérard Philipe se réunirent pour chanter les louanges du spectacle. La location du théâtre fut alors assaillie par le public payant Malheureusement G. Vitaly, inquiet des mauvais résultats des premiers jours, s’était engagé auprès d’un autre auteur P.A. Bréal et M. Bob’le dut quitter la scène au soir de sa quarantième représentation. Mais la bonne réputation de la pièce ne faisait que commencer . Dans les années qui suivirent, M. Bob’le fut à l’affiche à Sao Polo, à Stockhoim, en Autriche et en Allemagne, pour la plus grande gloire de son auteur.

En cette année 1951, un nouveau grand bonheur emplit de joie les cœurs de Georges et de Brigitte : un petit garçon venait de naitre, auquel ils donnèrent le prénom d’Elie-Philippe

1 cf. Quelques pièces

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