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Le temps des Honneurs et du désarroi

Alors que la notoriété de Georges Schehadé ne faisait que croître au point qu’un documentaire télévisé lui fut consacré, que de toutes parts on lui demandait de rédiger des préfaces, des textes d’allocution, la situation du Liban devenant de plus en plus inquiétante, il se sentait vide de tout projet « Je n ‘ai rien à dire, rien d’intéressant . J’écris peu, par force presque . Je n’ai rien fait depuis des années (…) Je suis paresseux » 1

Bientôt, il fit partie du jury du Festival de Cannes . Une soirée en son honneur fut organisée au Centre Pompidou, - soirée à laquelle assistaient Julien Gracq, Emil Cioran, Jean-Louis Barrault et l’élite de la colonie Libanaise de Paris . Mais G. Schehadé ne cessait d’être angoissé . À Paris, il mourait d’inquiétude pour sa famille et son pays depuis l'éclatement de la guerre civile en avril 1975 . 

« Si j’ai quitté Beyrouth en 1976, c’est parce que mon quartier était devenu inhabitable . J’y retournai pourtant chaque fois que cela me paraissait possible (…) Je ne suis pas quelqu’un de politisé, mais je suis farouchement patriote. On ne peut pas vivre en marge, on ne peut pas faire l’autruche quand il s’agit de sa Patrie » 2 déclarait-il en novembre 1981 .

En 1982, alors que ses poèmes continuaient à être édités, Georges fut dans l’impossibilité d’écrire une ligne pendant plusieurs mois, tant la situation du Liban ne cessait de l’inquiéter . C’était pour lui devenu une obsession .

En 1984, après de multiples représentations à l’étranger Les Violettesfurent affichées au Théâtre Montpensier de Versailles, puis, en mars 1985, elles furent, enfin, reprises à Paris, au théâtre de l’Athénée . G. Schehadé ayant fait une mauvaise chute ne put assister à la première représentation. Apparemment une sorte de distanciation s’était établie entre lui et son théâtre . Il écrivit à sa sœur Renée : «  La pièce  Les Violettes a été jouée avec des hauts et des bas, et comme il avait été convenu , c’est-à-dire trente fois… » 3 C’était tout !

En novembre 1986, le premier Grand Prix de la Francophonie était accordé à la quasi unanimité à Georges Schehadé par l’Académie Française . La cérémonie officielle de remise eut lieu sous la Coupole . Le récipiendaire était heureux, certes, mais fatigué, il souffrait depuis quelque temps d’un emphysème respiratoire . Néanmoins, il se rendit au Québec, à l’occasion du « Sommet Francophone » organisé par la Société royale du Canada. « On lui avait préparé un périple digne d’un chef d’Etat, doublé d’une star : rencontres avec les grandes plumes locales, avec des étudiants préparant des thèses sur son œuvre, avec le gouverneur général, des ministres, le chef de l’opposition québécoise, les communautés libanaises immigrées » . 4

Ce sera son dernier grand voyage.

En mars 1988, Georges Schehadé fut élevé au grade de Commandeur dans l’Ordre des Arts et Lettres. Il reçut sa décoration des mains de Jean-Louis Barrault.

Ce sera sa dernière récompense.

Du 2 au 20 octobre, Georges fut hospitalisé à l’hôpital Necker. À son retour chez lui, très affaibli, il ne recevait que quelques amis intimes et le 17 janvier 1989, après avoir dîné avec sa femme, son fils et sa belle-fille, il s’éteignit, terrassé par une embolie.

1 Georges Schehadé Le Reveil 30 janvier 1978
2 Georges Schehadé Le Monde 22 novembre 1981
3 Georges Schehadé, lettre à sa sœur Renée Thomas (cf Georges Shéhadé, poète des deux rives Danielle Baglione et Albert Dichy éditions de l’IMEC)
4 Jean-Pierre Péroncel – Hugoz Le Monde 11 septembre 1987

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