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Quelques pièces

 

J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES

Pièce adaptée du roman. Création le 23 avril 1948, au théâtre Verlaine. Interprètes : Daniel Ivernel, Roger Saltel, Aleximo, Vera Norman, Georges Aubert, Jacqueline Pierreux, Raymond Galle, Doudou Barbet, Pierre Langlet, Pierre Fromont, Anne Campion, Danielle Godet. Metteur en scène : Fred Pasquali. Décorateur : Jean Boullet

 

Analyse

Dans une ville d’ Amérique du Nord, un jeune libraire, beau garçon, jouit d’un grand succès auprès de ses clientes. Dans ses veines circulent quelques gouttes de sang noir. Lui seul le sait. Son demi frère a été lynché en tant que nègre. Il cherche à le venger par la violence.

Critiques

"Boris Vian est un habile homme ; c’est le Félix Potin de la littérature. Il n’a pas son pareil pour couvrir d’une étiquette alléchante une marchandise quelconque qui grâce à ladite étiquette , attire le client et le vend comme des petits croissants."
André Ransan Le Matin, le Pays 24 avril 1948

"Une situation dramatique sans envergure, une langue d’une platitude définitive, une « violence » qui consiste à faire répéter vingt fois par heure ! « Ah ! les vaches ! » - «  Ah ! les Salauds ! »  et à brûler quelques cartouches à blanc, telle est cette toute petite chose autour de laquelle on a essayé de faire beaucoup de bruit et dont nous ne parlerions pas si elle n’avait permis au Théâtre Verlaine de réunir sur son plateau quatre des plus jolies filles de Paris. Mais on préfèrerait les rencontrer à l’apéritif."
René Barjavel Carrefour 28 avril 1948

"Décidemment, notre théâtre n’est point tendre pour les U.S.A. Nous ne nous américanisons pas à l’excès ( et c’est tant mieux ) J’Irai cracher sur vos Tombes nous révèle une Amérique infiniment moins somptueuse, indulgente aux hommes de bonne volonté et pour tout dire plus« vivable » que celle dont on nous parle quotidiennement. Ne passons point d’un extrême à l’autre ; nous souhaitons que le Français moyen n’ignore pas qu’il y a aussi des misères, des lâchetés , de la canaillerie outre-atlantique. L’Amérique n’est point un Paradis. Erskine Caldwell et John Steinbeck (pour ne parler que des auteurs récemment applaudis à Paris) nous l’on appris… Faut-il renverser brutalement la vapeur et ne plus voir que cette Amérique hypocrite et cynique, puritaine et vicieuse, déséquilibrée par le faux respect que les lois imposent pour la femme, « refoulant » jusqu’à la folie sadique ? Non? bien entendu. Nous ne sommes point si sots, ni si ingrats."
Léon Treich L’Ordre 24 avril 1948

"Le seul intérêt de cette soirée, c’est de regarder la tête des snobs qui sont venus là pour voir « la pièce la plus audacieuse de la saison ». Il se peut que M. Boris Vian soit le premier à en rire tout en calculant les sommes qu’il pourra encore gagner en exploitant la bêtise."
Pol Gaillard Les Lettres Françaises 20 mai 1948

 

L'ÉQUARRISAGE POUR TOUS

Vaudeville paramilitaire en un acte long

Pièce en cinquante cinq scènes. Création le 11 avril 1950 au théâtre des Noctambules. Interprétation : André Reybaz, Jacques Muller, Yvette Lucas, Nicole Jonesco, Jacques Verrière , Zanie Campan, Jean Mauvais, Paul Crauchet, Guy Saint-Jean, René Lafforgue, Roger Paschel, M. Ehrard. Mise en scène : André Reybaz. Décors : Yves Faucheur.

 

Analyse

L’action se passe le 6 juin 1944 à Arromanches le jour du débarquement allié. Dans la maison de l’équarrisseur on ne se préoccupe que du mariage de la fille cadette, que ce soit avec un soldat allemand, peu importe. Mais voilà que surgissent des soldats américains, anglais, français, japonais …

 

Critiques

"Par vocation, obsession de soi ou désir de se singulariser, M.Boris Vian crache sur tout et s’il embouche volontiers la trompette de jazz, il semble préférer celle de la renommée."
J.B. Jeener Le Figaro 17 avril 1950

"L’auteur se prend pour un martien, il observe les pauvres petits terriens que nous sommes, microbes aux contorsions ridicules, dont il se gausse éperdument au cours d’une action hautement sinoque, zazoue, farfelue, entendez par là loufoque. Il va sans dire que rien dans cette histoire échevelée n’est respecté, que Français, Allemand, Américains, père, mère, fils, filles, politique, religion, idées, opinions, etc… sont jetés pèle-mêle dans le même sac, je veux dire dans le même équarrissoir."
André Ransan Ce matin 17 avril 1950

"Boris Vian a écrit une pièce contre la guerre, ce n’est pas si puéril qu’on pourrait le croire. L’auteur n’est pas assez naïf pour penser que l’art dramatique aura raison de la Bombe H. Ce serait trop beau. Mais il a cru avec raison que si l’on parvient à faire rire aux dépens de la guerre, il y a tout de même quelque chose de gagner."
Renée Saurel Combat 18 avril 1950

"M. Boris Vian, à qui je voue une solide antipathie pour l’ignominie de ses crachats, a écrit une pièce historique que l’on joue au théâtre des Noctambules. Il prend une période « sublime » et s’assied dessus. Mais il s’assied dessus avec juste le poids des chansonniers, du guignol, d’un innocent de village. Entendons-nous, un idiot du village qui serait vu par le soupirail d’une cave de Saint-Germain-des-Près sans innocence aucune et avec assez d’expérience pour en tempérer l’expression."
Elsa Triolet Les Lettres Françaises 20 avril 1950

"Sans issues. Car il manque le cœur et les tripes. L’ Equarisseur de M. Boris Vian accroche à son étal tous les morceaux susceptibles (espère-t-on ) de susciter chez le client des nausées."
Max Favalelli Paris Presse-Ici Paris 24 avril 1950

"J'exècre son Équarrissage pour Tous. Il me ferait croire que l’on peut, autrement que par défi, s’en aller cracher sur les tombes encore fraiches. Le 6 juin, Arromanches, les soldats morts, les héros torturés, relèvent, quelque liberté d’esprit que l’on ait, d’un autre domaine que du vaudeville."
Henri Magnan Le Monde 18 avril 1950

"Boris Vian vient de nous donner avec L'Équarrissage pour tous une pièce étonnante , aussi solitaire en son époque confuse que le furent à la leur Les Mamelles de Tirésias de Guillaume Apollinaire et mes Mariés de la Tour Eiffel. Cette pièce, ou ballet local, est d’une insolence exquise, légère, lourde, semblable aux rythmes syncopés dont Boris Vian possède le privilège. (…) Rien de plus grave que cette farce qui n’en n’est pas une et qui en est une, à l’image de ce qu’on nous oblige de prendre au sérieux et qui ne l’est pas, sauf par la mort de nos camarades et la certitude que la fin de cette sombre farce n’est que de la fatigue et une courte halte nécessaire à reprendre le souffle et à recommencer le plus vite possible. Voilà ce qu’un homme habile à souffler dans la trompette ou plutôt à, donner la forme d’une trompette à son souffle voilà dis-je ce qu’un homme rompu aux rythmes, nous jette à la figure , comme une infecte bataille de fleurs."
Jean Cocteau Opéra 3 mai 1950


LES BÂTISSEURS D’EMPIRE
ou « LE SCHMÜRZ »

Pièce en trois actes. Création le 27 décembre 1959 1 au théâtre Récamier. Interprétation : Madeleine Cheminat, Henri Virlogeux, Dany Saval, Armande Navarre, Isaac Alvarez. Mise en scène : Jean Négroni, Musique : Georges Delerue. Décors : André Acquart.

 

Analyse

Il s’agit de la désintégration systématique d’une famille anonyme. Cette destruction progressive est ponctuée par des déménagements successifs - passage d’un étage inférieur à l’étage supérieur - Plus on monte, plus le logement est étroit, étouffant, inconfortable. La mansarde finale ne présentera qu’une issue : un vasistas . Un personnage muet et inquiétant « Le Schmürz » accompagnera la famille tout au long de ses pérégrinations.


Critiques

"Il (Boris Vian) n’a pas la fantaisie, l’invention, la prolifération saugrenue et toujours poétique d’Eugène Ionesco, mais son humour est à la fois plus rauque et plus éloquent. C’est un humour d’essence et d’accent dramatique. Si M. B.Vian n’a pas non plus la force de Beckett, s’il va moins loin dans les ténèbres et dans l’horreur, il nous harcèle davantage de sa présence, de sa parole, de son débat particulier ; moins tragique, il est plus douloureux."
Denis Périer La Nouvelle Revue Française 1er février 1960

"Que veux dire cette fable abracadabrante ? on peut en faire une pièce autobiographique. Boris Vian , qui se sait condamné, décrit l’angoisse de l’homme qui épie , comme un bruit terrible, les battements de son coeur et voit l’univers se rétrécir autour de lui. On peut en faire un grand mythe de la Condition Humaine . (…) Les Bâtisseurs d’Empire (ainsi nommé sans doute parce qu’ils n’ont aucun empire sur eux-mêmes) est une sorte de synthèse de l’humour noir contemporain, cet humour qui, en nous faisant rire de l’absurdité, essaye de nous faire faire l’économie d’un désespoir qui serait absurde."
Robert Kanters L’Express décembre 1959

Par ce mot « Schmürz » qu’avait inventé sa femme, la danseuse Ursula Kubler, Boris a tenté de définir tous les objets – généralement d’usage courant – dont il disait subir , quotidiennement la menace depuis que toute activité lui avait été interdite par son état de santé."
X…Théâtre janvier 1960

"Si nous pouvons nous attendrir sincèrement sur sa mort prématurée, nous ne pouvons nous défendre de déplorer qu’il eût adopté cette esthétique fâcheuse qui transforme le théâtre en rébus. Je suis persuadé que , s’il avait vécu, il aurait vite, intelligent comme il était, abandonné ces sentiers zigzaguants où musarda sa jeunesse, pour rejoindre la route droite qui mène à un but précis. Il avait trop de talent pour le cacher plus longtemps sous des bocages trop secrets."
Jean-Michel Renaitour Théâtre à Paris édition du Scorpion. Janvier 1960

"L’histoire est délibérément absurde (…) Le choix de l’intrigue incohérente et des symboles qu’elle suggère est aussi la marque d’une époque plus que d’un talent singulier. Des scènes de famille au final ce ne sont qu’élucubrations de cauchemar, gloses et jeux de mots sans rapport avec l’action et uniquement destinés à ridiculiser les aberrations de la vie sociale ou du langage courant. La gratuité de ce flot verbal fait souvent sourire ou crée à la longue un malaise d’une réelle qualité dramatique (…) Boris Vian était de ces jeunes gens qui ont découvert pèle-mêle à la Libération Kafka, l’Existentialisme allemand, Freud, le Surréalisme et les bizarreries de la littérature américaine."
Bertrand Poirot- Delpech Au Soir le Soir éditions du Mercure de France 1969

1 La première représentation eu lieu six mois après le décès de Boris Vian.

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