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Extrait

 

L'ÉQUARISSAGE POUR TOUS

 

( ... Il reste sur la scène le voisin, toujours étendu par terre, le père qui mange et Heinz et Cyprienne qui commencent à se peloter ferme. Au bout d'un instant, entrent les quatre soldats chanteurs qui attaquent : Happy Birthday to You. Cette fois, ils sont tous en uniforme de l'Armée du salut. Ils restent autour de Heinz et Cyprienne en chantant I Love You Truly en fond sonore. )

SCÈNE LV

Le Père, Le Voisin, Cyprienne, Heinz et les quatre soldats.

Le Père ( au voisin ) : Hé... Toi... ( Le voisin grouille vaguement et se redresse sur les avant-bras, en grognant. ) Tu te sens mieux ?

Le Voisin ( se tenant le menton ) : Pas mal. ( II crache quinze dents. ) Ça s'est bien passé ?

Le Père : Quoi donc ?

Le Voisin : Ce mariage ?

Le Père : Eh bien, tu étais là ? Tu as vu ?

Le Voisin : Non. ( Un temps.) Où est mon violon ?

Le Père : Oh !... On ne va pas danser maintenant... Je suis un peu fatigué... Si on mettait un peu d'ordre ici ? Il va falloir que je songe à travailler. Où est ce rabot ?

Le Voisin : Je crois que je vais aller m'occuper de ma maison.

( Coups à la porte. Heinz, Cyprienne et les quatre soldats ont monté lentement l'escalier en cortège. )

Le Voisin et Le Père ( en chœur ) : Entrez !

( Entrent deux officiers français.)

 

SCÈNE LVI

Le Voisin, Le Père, deux officiers français.

Le Voisin et Le Père ( en chœur ) : Bonjour, mes officiers.

Le Capitaine français ( hilare) : La maison vous appartient ? ( II inspecte le désordre effarant. ) À la bonne heure ! Vous vous en êtes tiré sans beaucoup de mal, vous au moins !

Le Voisin et Le Père ( en chœur ) : Ah?

Le Lieutenant : Si vous voyiez le reste du village...

Le Voisin et Le Père( en chœur ) : Tout est par terre ?

( L'autre hoche la tête. )

Le Capitaine : J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Et une bonne aussitôt après.

Le Voisin et Le Père( en chœur ) : J'aime mieux la bonne d'abord.

Le Capitaine : Eh bien, d'abord, vous êtes libérés.

Le Voisin : Oui? ( Il se met au garde-à-vous, voit que le père ne fait rien et reprend sa position normale. )

Le Capitaine : Et ensuite... ( Il s'arrête, gêné. )

Le Père : Ne vous gênez pas.

Le Capitaine : Eh bien... ( Il s'arrête et change de ton. ) Je dois d'abord vous dire que je représente le ministère de la Reconstruction.

( Le père ne dit rien. )

( Au lieutenant. )
Hum... Allez-y, Lieutenant, je l'ai prévenu avec des ménagements.

Le Lieutenant ( au père ) : Votre maison n'est pas dans l'alignement.

Le Père : C'est la première fois qu'on me dit ça.

Le Capitaine ( prenant le père par le bras et se dirigeant vers la fenêtre ) : II y aura là, dans l'avenir, une vaste perspective, plantée de peupliers résineux du Japon. Des vasques et des fontaines compléteront le tableau. Des plantes rustiques parfumeront l'air.

Le Lieutenant ( fait un signe à la porte ) : Boby ?

 

SCÈNE LVII

Les mêmes; entre un scout qui se met au garde-à-vous scout.

Boby : Scout de France, toujours prêt, le cœur sur la main.

Le Lieutenant : Vous pouvez apporter la chose.

( Le scout sort et rentre avec une caisse de dynamite. Il allume la mèche et sort. Explosion qui fait la nuit complète sur la scène. Les décors s'envolent. Toile de fond. Ruines couvertes de verdure. Tas de débris au premier plan. Le Capitaine et le Lieutenant sont assis à côté du père, étendu mort. Le voisin lui tient la tête et la laisse retomber. )

Le Capitaine ( se relevant ) : Bah ! On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs...

Le Voisin ( lui prenant son revolver et lui tirant dessus ) : C'est mon avis.

( Il tire ensuite sur le Lieutenant qui le tue à son tour d'un coup de pistolet. )

Le Lieutenant : Et vive la France !..

( Une Marseillaise abominablement fausse éclate. Le Lieutenant se redresse et sort en marchant au pas de l'oie. Rideau. )

FIN

( Qui, par un heureux hasard, coïncide avec celle de la Pièce. )

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