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Les Débuts d’un auteur surréaliste

Rendu à la vie civile, il n’est plus question d’études sorbonnardes. Roger préfère s’intégrer dans la mouvance des poètes d’avant-garde. Informé de la manifestation dadaïste, devant l’église Saint-Julien le Pauvre, lieu de rassemblement des clochards du quartier, terrain vague où les habitants du Vème arrondissement déversait leurs ordures, il y assista en avril 1921, encouragé par le tract dont Tristan Tzara avait inondé le Quartier Latin : « Prendre part à cette première visite , c’est se rendre compte du progrès humain, des destructions possibles et de la nécessité de poursuivre notre action que vous tiendrez à encourager par tous les moyens ». 1 Il y rencontre Louis Aragon qui le présente à son tour à André Breton, Paul Eluard, Benjamin Perret, Georges Ribemont - Dessaignes et Philippe Soupault.

Voici donc Roger Vitrac devenu un familier du nouveau mouvement surréaliste.

Dans le même temps, Roger compose sa première pièce  : Le Peintre, publiée en 1922 dans le N°3 - et dernier numéro - de la revue Aventure, fondée par René Crevel. Cette courte farce, en un acte, sera jouée en privé chez Lise Deharme avec dans le rôle principal Marcel Herrand.

Se sentant très inspiré et heureux de devenir un auteur dramatique, Roger enchaîne ses créations. Ce seront les fragments d’une nouvelle comédie intitulée Mademoiselle Piège, puis Entrée libre, drame en un acte et sept tableaux, enfin Poison, autre drame… sans parole, dédié à André Breton. Ces œuvres seront publiées dans Littérature, revue surréaliste, conçue à la fois par Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault.

Cette année 1922 sera une année heureuse. Outre le plaisir d’appartenir à un milieu de jeunes poètes dont il se sent très proche et avec lesquels il collabore, Roger fera la connaissance de Suzanne, l’objet de sa première grande passion. Elle lui inspirera le personnage de Léa dans sa nouvelle pièceLes Mystères de l’Amour.

Bientôt Roger rencontrera Antonin Artaud. Alors que les rapports de Vitrac et d’André Breton commencent à se dégrader, une amitié sincère naît entre les deux hommes.

Outre son esprit d’indépendance, André Breton reproche à Roger Vitrac son intempérance alcoolique, son humeur parfois agressive, sa défiance face aux expérience de « rêve éveillé » et d' « écriture automatique », sa réticence à s’engager politiquement et par dessus tout son travail d’auteur dramatique qui l’emporte sur son œuvre de poète.

En 1926, Roger Vitrac est définitivement exclu du groupe des Surréalistes. Il se rapproche alors d’Antonin Artaud ( autre excommunié d’André Breton ). Leur complicité est totale et leur admiration réciproque. Un troisième larron se mêle à leurs projets, il s’agit de l’étudiant Robert Aron, proche du Surréalisme, mais n’y ayant jamais adhéré.

Au cours de longues conversations, les trois amis échangent leurs conceptions d’une dramaturgie révolutionnaire, brisant les conventions théâtrales. Ils se découvrent un même enthousiasme pour l’œuvre d’Alfred Jarry. Ils se promettent de ne jamais se laisser enfermer dans les limites du Surréalisme mais s’en inspireront ainsi n’obéiront-ils qu’aux sollicitations les plus folles de leurs imaginations. Et le rêve dictera sa loi à la réalité sous l’égide de leur idole

1 Philippe Soupault Mémoires de l’Oubli page 145, éditions Lachenal et Ritter 1981


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